L’inflation généralisée

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La question que se posera le comité de politique monétaire (MPC), qui se réunit aujourd’hui, ce n’est pas de savoir s’il faut relever encore une fois le taux directeur, mais c’est de déterminer l’ampleur de sa hausse. Le garder intact serait laisser l’inflation s’échapper hors de tout contrôle. Car les hausses de prix actuelles ne concernent pas que les aliments, mais elles sont généralisées et frappent tous les biens et services, y compris ceux qui ne sont pas importés. Et l’inflation est en train de s’étendre aux salaires, ce qui rend le combat contre elle encore plus difficile. 

Tout le monde peut constater une inflation généralisée et permanente, traduite par l’envolée de l’inflation sousjacente, c’est-à-dire «core inflation, a measure of inflation excluding prices of highly volatile items and a more reliable indicator of whether inflationary pressures are broad-based and permanent», pour citer le dernier procès-verbal du MPC. Au moment où ces lignes furent écrites, la «Core1 Annual Average Inflation», qui exclut les prix alimentaires, était de 6,0 %. Depuis, elle a grimpé continuellement pour atteindre 7,6 % en août. La «Core1 Year-on-Year Inflation» est encore plus élevée, soit 10,6 %. Le monstre de l’inflation est bien sorti de son territoire… et dévore tout. 

Quand l’inflation recule, les thuriféraires de politiques monétaires accommodantes font pression pour une baisse du taux d’intérêt. Mais lorsque l’inflation monte, ils se déclarent contre une remontée du taux d’intérêt en faisant valoir l’inflation importée et des «supplyside factors» : il y a inflation en raison de l’ascension des prix du pétrole ou des matières premières ; ou parce que certaines pénuries se produisent. 

Ces arguments sont trompeurs. D’abord, on ne peut pas expliquer l’inflation par… l’inflation, à savoir que la hausse générale des prix est causée par des hausses de prix. Ensuite, s’il y a un problème d’approvisionnement, un problème d’offre, c’est qu’il existe effectivement «too few goods». Et avec «too much money» chassant après ces biens, leurs prix ne peuvent qu’augmenter. 

À revenu inchangé, les Mauriciens n’auraient pas pu continuer à consommer des produits qui deviennent plus chers. Dans ce cas, il faut bien qu’ils coupent leur consommation d’autres produits, et cette baisse de demande fera diminuer les prix de ceux-ci : tel prix monte, tel autre descend. 

Il ne peut y avoir inflation que lorsque le revenu ou la quantité de monnaie augmente dans l’économie, ce qui stimule la demande et les prix si la production ne suit pas. L’État peut accroître artificiellement les revenus en accélérant ses dépenses sans recettes équivalentes. Plus largement, la source première d’une hausse artificielle de revenus est une création monétaire qui ne correspond pas à une production de richesses réelles : la banque centrale crée de la monnaie, soit en finançant directement les dépenses publiques ou les entreprises privées, soit en assouplissant les conditions du crédit via une réduction du taux d’intérêt. 

Quand de nouvelles quantités de roupies entrent sur un marché, le produit de ce marché peut être payé avec plus de roupies, ce qui élève son prix. Une fois que le produit est apprécié à sa juste valeur, la monnaie va vers d’autres marchés. Ainsi, elle se déplace d’un marché à un autre. Au fil du temps, l’accroissement de l’offre de monnaie se manifeste à travers les hausses des prix des biens et services. Voilà comment l’inflation devient généralisée. 

À ce jour, l’inflation à Maurice n’a pas encore atteint son pic. Même si elle commence à flancher, elle prendra quelques années avant de tomber en dessous du taux d’intérêt du marché. En attendant, croire que l’économie réelle peut fonctionner efficacement avec des taux d’intérêt inférieurs à l’inflation, c’est se donner l’illusion qu’il est loisible d’éviter la récession avec des taux bas. C’est plutôt la persistance de faibles taux d’intérêt qui conduit à la stagflation. Pour citer Jacques de Larosière, qui fut directeur général du Fonds monétaire international et gouverneur de la Banque de France, «l’argent qui ne coûte rien, ça n’existe pas ! Très vite, l’inflation apparaît et vous rappelle à l’ordre». 

La politique monétaire, c’est une gestion de la demande, et non de l’offre. S’il faut améliorer l’offre, c’est par des réformes structurelles. Certes, une hausse du taux d’intérêt n’impacte pas directement l’inflation, mais elle tend à calmer le recours excessif au crédit, ce qui allège la demande et les pressions inflationnistes. 

Pour s’engager dans un «monetary tightening», qui est défini comme trois augmentations successives du taux d’intérêt, la Banque de Maurice doit encore resserrer le taux repo. Du reste, les deux hausses totalisant 40 points de base n’ont pas anéanti les anticipations inflationnistes. Alors que la Fed a relevé son taux par un total de 300 points, favorisant l’appréciation du dollar, le MPC doit être cette fois agressif : au moins 75 points.

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