Terre d’accueil : la France comme l’Angleterre de l’océan Indien

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En ces temps-ci, quand on parle d’océan Indien, tous les regards sont immédiatement braqués sur Agalega, île mauricienne sur laquelle les Indiens se seraient mis à construire une base aéronavale pouvant accueillir et abriter des avions et des navires de guerre de l’armée de Narendra Modi.

Des partis politiques comme les médias à Maurice de même que des chaînes de télévision et des sites web à l’étranger – même en Inde – parlent beaucoup de cette mise en place d’une base indienne à Agalega. Car logiquement, vu l’ampleur des travaux, on ne pourrait s’empêcher de croire que New Delhi entretient un «grand design» sur cette terre mauricienne. D’ailleurs l’express du 20 septembre, à l’initiative de la journaliste Karen Walter, a réalisé un coup mondial en révélant l’étendue des infrastructures en construction par les Indiens.

Parallèlement à cette supposément indianisation militaire d’une bonne partie de l’océan Indien, il se produit un autre phénomène relevant de la guerre des influences dans cette région fort stratégique du monde par laquelle passe la majeure partie du trafic pétrolier mondial. Après tout, c’est l’océan qui réunit l’Afrique et l’Asie, les deux continents qui sont appelés à dominer le monde dans les décennies à venir. Ce phénomène nouveau, c’est l’affermissement de la France comme terre d’accueil par excellence en océan Indien des réfugiés politiques, des persécutés, des pauvres et des affamés.

La France est de ce fait perçue comme l’Angleterre de l’océan Indien et de l’Afrique de l’Est car à travers ses départements de la Réunion et de Mayotte, ce pays européen attire des refugiés de la région. A juste titre car la France serait incontestablement le pays des droits humains, de la fraternité, de la solidarité et de l’accueil des damnés de la terre comme l’aurait décrit Frantz Fanon. Voilà pourquoi on accueille des refugiés du Sri Lanka à la Réunion mais aussi des Africains à Mayotte. Après tout, en termes de solidarité humaine et de socialisme, quel autre pays aurait produit des Jean Jaurès, des Léon Blum ou des François Mitterrand?

Alors que des refugiés africains y compris ceux d’expression francophone, des Européens de l’Est et des Asiatiques s’engagent désespérément dans des voyages risqués afin de pouvoir se retrouver sur le sol britannique, c’est armés de la même détermination que des Sri Lankais entreprennent la traversée de la mer pour se retrouver au paradis français de la Réunion. Tout comme se rendent à Mayotte les Africains des Grands Lacs, c’est-à-dire du Rwanda, du Burundi ou de la République démocratique du Congo. Evidemment, les non-francophones du Kenya, de la Tanzanie et du Mozambique sont eux aussi tentés par l’aventure française à partir de Mayotte.

Une fois le pied sur terre française, nul souci d’hébergement temporaire et précaire pour les réfugiés car l’objectif final c’est la France même, l’Europe et qui sait, un saut vers l’Angleterre.

A l’ère de l’Internet, l’attrait irrésistible de la Réunion ne manquerait pas d’intéresser les Bangladeshis qui sont friands de Maurice mais qui n’ont pas encore pris la mesure de l’aubaine paradisiaque française qui leur tombe du ciel. En effet, si les Sri Lankais bravent 4 200 km de mer pour atteindre la côte de la Réunion, la distance entre Maurice et l’île sœur n’est que de 220 km.

Au lieu de se réfugier dans des poulaillers à Maurice à l’expiration de leur contrat, des Bangladais entreprenants pourraient bien tenter l’aventure réunionnaise. Ils se mettront à vanter les mérites d’un voyage clandestin et d’une demande d’asile auprès des Français, sermonnant les uns et les autres autour du message suivant en bengali : «Etao janona, boka kothakar ?» qui veut dire, «imbécile, tu ne le sais pas ?»

Les Bangladeshis pourraient ainsi solliciter l’expertise des passeurs de drogue mauriciens qui sont capables d’assurer des connexions inter-îles avec autant d’aisance que les chauffeurs de taxi marron roulant entre le centre de Port-Louis et les faubourgs de la capitale. La France n’aurait d’autre choix que de traiter les Bangladais au même titre que les Sri Lankais.

Si la Réunion est appelée à s’ériger éventuellement en destination fort recherchée des refugiés, des affamés et des pauvres d’Asie et d’Afrique, Maurice n’aurait par contre aucun intérêt à se départir de sa politique fort payante en dollars et en euros sonnants et trébuchants de «non aux pauvres et aux lapof…; oui aux friqués de tout poil».

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