Le risque politique permanent

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Abordant le risque politique, «Business Magazine» se demande «si l’affaire de ‘sniffing’, qui vient se greffer au démantèlement de la BAI, à l’affaire Betamax ou encore à l’épisode d’Alvaro Sobrino, n’impactera pas l’environnement des affaires». Au cas où une opération de saisie des données sur le réseau SAFE s’avérerait, la crédibilité de Maurice en tant que centre d’investissement prendrait un sale coup. Néanmoins, tout investisseur apprend à calculer le risque politique, tant celui-ci est multiforme et permanent dans la vie économique où le pouvoir politique se mêle de tout, des augmentations salariales aux réglementations du travail, en passant par la redistribution. Le risque politique n’a pas que le parfum de scandale, qui est passager, mais aussi l’odeur durable de l’interventionnisme étatique. 

Le risque se définit comme la probabilité que survienne un événement qui affecte négativement le retour d’un investissement. Toute activité commerciale comporte une variété de risques. Des opportunités de profit se créent dans la mesure où différents individus évaluent différemment les risques, y compris le risque politique, et parce qu’ils tolèrent à des degrés divers la possibilité de mauvais résultats. Un investissement est largement le produit de cet arbitrage de risque. 

Même si les perspectives économiques sont bonnes, le risque politique peut être une pierre d’achoppement à l’investissement. Un investisseur n’acceptera pas de courir le risque de développements politiques imprévisibles devant lesquels il est impuissant. C’est pour diversifier le risque politique que certains investissent dans des pays étrangers. S’il revient à l’opérateur privé d’assumer totalement les risques économiques de son projet, c’est au gouvernement de l’assurer contre le risque politique, de la même façon qu’il joue parfois le rôle de garant d’emprunts privés. 

Il est entendu que, même en l’absence de tout scandale politique, le risque politique est présent dans le calcul économique. Au vu des affaires susmentionnées, «depuis 2015, le risque politique est certainement devenu plus élevé», selon un avocat d’affaires. Cette hausse ne se reflète toutefois pas dans les investissements directs étrangers (IDE) à Maurice : notre balance des paiements indique qu’en dollars, ils sont passés de 418 millions en 2014 à 474 millions en 2017, à 464 millions en 2018 et à 473 millions en 2019. Cela n’a rien de paradoxal : la Chine, quoique n’étant pas une démocratie libérale, est le quatrième plus grand destinataire d’IDE dans le monde, devançant le Royaume-Uni. 

Un homme d’affaires, à quelques exceptions près, n’hésitera pas à soutenir une autocratie qui lui fait gagner des profits faramineux, plutôt qu’une démocratie qui lui rapporte des miettes. Aucun patron n’apprend à ses employés à être des démocrates, car l’entreprise n’est pas une démocratie : la liberté d’expression y est très peu encouragée, et les décisions sont prises d’en haut. Ce n’est pas que le capitalisme est immoral, ou qu’il doit être moral, mais il est amoral, comme le qualifie le philosophe André Comte-Sponville. 

Bien sûr, il arrive que des notables soutiennent des manifestations de rue quand leurs intérêts sont directement en jeu, comme lors du drame du «Wakashio». Mais ils n’iront pas jusqu’à casser cette alliance entre milieux d’affaires et politiciens, qu’on appelle le «capitalisme de connivence». La prospérité des entreprises, celles qui vivent au crochet de l’État, dépend des politiques gouvernementales, d’où une pression constante du patronat sur les autorités publiques. La dépendance au gouvernement est un risque politique entretenu par le secteur privé lui-même, mais qui, comme tout risque, a un rendement financier… 

Dans leur quête insatiable du pouvoir, tous les ministres qui se sont succédé ont accru leurs interventions dans l’économie, causant un déclin de l’esprit entrepreneurial et un manque d’intérêt dans la production. Relancer l’économie par la consommation avec des mesures gouvernementales est devenu un mantra politique indéfectible. Pire, le rétrécissement de l’espace économique au profit de la sphère étatique a dilué les valeurs morales (absence de responsabilité et de l’esprit civique) et culturelles (baisse de l’effort au travail). Le problème de main-d’oeuvre affecte tous les secteurs de l’économie. 

Lorsque la population ne se soucie guère des fondamentaux de l’économie, mais compte entièrement sur le gouvernement, tout en se méfiant de la parole publique, c’est la société qui s’effondre, entraînant avec elle la machine politique. Il n’y a pas d’autre moyen pour l’État d’éviter cet effondrement que de se retirer de la vie économique qu’il s’efforce de contrôler. Les prix et les salaires ont leur propre loi qui dépasse le domaine du politicien. Ils ne répondront jamais à ses desiderata, car les lois de l’économie ne sont pas suspendues par les interférences politiques. Lesquelles ne font qu’accroître le risque de trahir le peuple.

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