Les déterminants de l’investissement

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Si la consommation constitue plus de quatre cinquièmes du produit intérieur brut, l’investissement est sa composante la plus volatile. Alors que la consommation des ménages croît de façon régulière, exception faite de l’année 2020, l’investissement, privé ou public, évolue entre des sommets et des creux. La croissance économique étant de retour, l’investissement aurait dû augmenter dans une phase d’expansion. Mais il semble être déterminé autrement que par le taux d’intérêt et la fiscalité. 

Appelé formation brute de capital fixe (FBCF), l’investissement représente l’acquisition de biens de production et d’équipement. Cette FBCF s’élèvera, selon les prévisions de Statistics Mauritius, à Rs 102 milliards en 2022, soit une augmentation nominale de 8,8 % sur un an. Toutefois, en termes réels, l’investissement total ne va progresser que de 0,9 %. Il va même reculer de 0,1 % si l’on exclut les avions et les navires. 

Il a pourtant grimpé assez sensiblement de 3,4 % au premier trimestre de 2022 par rapport à celui de 2021. S’il va finalement stagner sur l’ensemble de l’année courante, c’est à cause de l’inflation, comme le révèle la hausse de 7,9 % du déflateur de la FBCF. Pour la même raison, l’investissement du secteur privé ne va avancer que de 0,3 % en 2022, ou décroître de 0,2 % sans les avions et les navires. En rythme annuel à avril dernier, «bank credit to the corporate sector contracted by 3.9 per cent, primarily due to deleveraging», indique le gouverneur de la Banque de Maurice. 

C’est dire que l’inflation casse la dynamique de l’investissement. On pourrait croire que la croissance de l’économie n’en est pas touchée, mais c’est une fausse impression. Si l’on prévoit un taux élevé (7,9 % en 2022 aux prix de base), c’est parce qu’on mise, de manière très hypothétique, sur un million de touristes cette année. Ainsi, Statistics Mauritius estime la contribution du secteur de l’hébergement et de la restauration au taux de croissance économique à 5,1 points de pourcentage, soit deux tiers du taux global, comparée au 0,5 point des services financiers. 

Considérant l’investissement dans son aspect de court terme, soit comme une dépense, des commentateurs influencés par le keynésianisme sont hostiles à toute hausse du taux d’intérêt sous prétexte que l’inflation actuelle serait le résultat d’un problème d’offre, et non de demande. En fait, la dimension essentielle de l’investissement se situe sur le long terme, ayant précisément pour objet un accroissement de la capacité de production, donc une augmentation de l’offre, susceptible de juguler l’inflation. C’est dans ce sens-là qu’on parle d’investissement productif. 

Il existe certainement une relation inverse entre investissement et taux d’intérêt. Étonnamment, les procèsverbaux des réunions du comité de politique monétaire rapportent très rarement des discussions au sujet de l’investissement. Quoi qu’il en soit, une fonction d’investissement simple relie l’investissement au taux d’intérêt réel, et non au taux d’intérêt nominal. Comme celui-ci est encore largement en dessous du taux d’inflation – et inférieur à son niveau pré-Covid –, il est insensé de dire que le taux d’intérêt constitue un frein à l’investissement et qu’il devrait diminuer en cette période de haute inflation ! 

Avec une accélération de l’inflation, le taux d’intérêt réel baisse ou devient négatif, ce qui réduit le coût du capital, accroît le profit tiré de la détention du capital et encourage l’accumulation de capital. Mais si l’investissement fixe n’est pas stimulé pour autant, c’est que le problème n’est pas le loyer de l’argent. 

Néanmoins, la comptabilité nationale montre une hausse de l’investissement en stocks (matières premières, produits finis) cette année. Cela peut s’expliquer par la chute du taux d’intérêt réel, qui réduit le coût d’opportunité de détenir des stocks. Sinon, face à une remontée du taux d’intérêt nominal, les firmes gagneront à adopter des systèmes de flux tendus (just-in-time) qui les aideront à ajuster leurs stocks à leurs ventes. 

La déductibilité fiscale de l’investissement incite aussi les entreprises à accumuler du capital. Elle leur permet de déduire de leur base d’imposition une fraction des dépenses en biens de capital, cette déduction compensant une partie du coût d’acquisition du nouveau bien. Cependant, quand l’inflation est forte, le coût de remplacement du capital (en valeur courante) est supérieur à son coût historique, et alors l’impôt sur les sociétés tend à sous-évaluer le coût d’amortissement et à surévaluer le profit. En taxant ainsi un profit fictif, le fisc décourage d’acquérir des biens de capital. 

Enfin, les bénéfices sont une source importante de financement des investissements sains. Or la faible marge brute d’autofinancement (cash flow) des entreprises pousse à l’endettement et rend la décision d’investir plus sensible aux conditions économiques de l’heure. Lesquelles sont les vrais déterminants de l’investissement.

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