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Infamie

26 novembre 2017, 07:39

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C’est connu et reconnu !

 La traite négrière et l’esclavage sont des crimes contre l’humanité. Point barre. Si on savait que le commerce des hommes et des femmes et des enfants avait changé de forme avec le capitalisme à partir du 19e siècle, on ne se doutait pas, qu’en 2017, on découvrirait un marché des esclaves et la violence des images d’esclaves en Libye, des familles entières en chaînes ! Cela me fait frémir rien que de repenser à cela – alors même que, lors d’un déplacement en Afrique de l’Ouest, un jour de mars, en 2010, j’avais découvert, stupéfait et pétrifié, dans le sous-sol d’une cuisine, des esclaves mauritaniens, des sous-hommes qui travaillaient pour des riches sans en avoir le choix, de génération en génération, contre quelque chose à manger, afin de subsister aux affres du temps qui passe doucement, inexorablement.

Le 14 novembre dernier, CNN a diffusé une enquête révélant un marché aux esclaves en Libye où sont vendus des migrants subsahariens. Que fait on en 2017? Juste nous indigner? Dénoncer? Après?

Au siège politique de l’Afrique (qui s’agite de sommet en sommet), en Éthiopie, personne dans les coulisses diplomatiques ne s’imaginait qu’au XXIe siècle, on puisse assister à ce genre de commerce abject d’une telle ampleur. Mais au-delà des réactions objectives et légitimes, exprimées par l’opinion africaine, l’on sait tous que la situation en Libye mérite une attention encore plus soutenue.

Nous sommes dans une situation de non-État et de non droit, où des milices criminelles, des trafiquants en tous genres, des terroristes, contrôlent de vastes pans du territoire africain. La position géographique de la Libye, et même son histoire, a fait que nombre de jeunes Africains se retrouvent sur ces territoires. Parce que, même avant les événements de 2011, de nombreux Africains y partaient pour travailler. Maintenant que le pays n’est pas contrôlé, nous assistons à des situations de ce genre. Je sais que certains ont été recrutés par les différentes milices ou mercenaires. Maintenant, ils s’adonnent – ces différents groupes – à ces commerces ignobles, à celui des êtres humains. Le président en exercice de l’UA, Alpha Condé, estime que tout cela arrive parce que les Européens demandent aux Libyens de retenir les migrants en Libye, alors qu’il n’y a plus d’État dans ce pays.

Mais concrètement, en attendant, tout le monde se doit, y compris vous et moi peut- être, de contribuer, notamment par des moyens logistiques, à rapatrier les esclaves, souvent apatrides, afin qu’ils puissent retrouver un semblant de vie, après l’innommable.

En marge du sommet à Abidjan, les Africains feront appel aux Nations unies et l’Union européenne pour pouvoir – urgemment –, secourir ces gens qui sont en danger. Quand des êtres humains sont dans des camps, contrôlés par des criminels et font l’objet d’un commerce éhonté, cette situation ne doit pas perdurer. C’est extrêmement grave. Il faut agir et il faut agir maintenant. Si on veut que nos enfants ne découvrent pas – comme nous aujourd’hui – les affres de l’esclavage – cette infamie contre nous. Rapatrions tous ces frères et sœurs, au nom d’une humanité commune.