Assainissement monétaire

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La quatrième hausse consécutive du taux repo a surpris plus d’un par sa rapidité et son ampleur. Comme nous l’avons maintes fois répété, la Banque de Maurice (BoM) avait trop tardé à resserrer sa politique monétaire avec une augmentation de seulement 40 points de base au cours des neuf premiers mois de l’année. Elle est maintenant obligée de freiner brutalement pour reprendre tant soit peu le contrôle sur l’inflation. D’autant que l’écart de taux d’intérêt entre la roupie et les monnaies étrangères s’est considérablement accru, les principales banques centrales du monde, dont celles de l’Afrique et de l’Asie, ayant pris les devants bien à l’avance.

Une hausse cumulative de 175 points du taux directeur en l’espace de cinq semaines est, pour dire le moins, très significative : elle envoie un message sans ambiguïté aux détenteurs de devises que la BoM est déterminée à défendre la roupie et à faire reculer l’inflation. Son communiqué de presse semble indiquer qu’elle ne s’arrêtera pas là, car le comité de politique monétaire «stands ready to further pursue its normalization of monetary policy». Le taux de base bancaire retournant en conséquence au niveau de 2017, il reste à savoir si ceux qui ont été incités à emprunter en période Covid, dans l’illusion d’une politique durable de bas taux d’intérêt, auront encore la capacité de rembourser leurs prêts.

Un tel repositionnement des autorités monétaires n’est pas sans douleur pour les emprunteurs qui sont sujets aux taux variables. Les premiers concernés sont les entreprises zombies, ces sociétés qui dépendent des subventions monétaires que sont le taux d’intérêt et la roupie faibles pour rester en vie sous respiration artificielle. Mais il faut espérer que le renchérissement du loyer de l’argent les poussera à lever des capitaux frais sur le marché boursier, ouvrant davantage leur actionnariat.

Les risques de défaut de paiement vont commencer à augmenter pour les emprunteurs individuels aussi. En juin 2021, la BoM avait relevé le ratio de la dette au revenu, de 40 % à 50 %, pour tout emprunteur, quel que soit son revenu mensuel brut. De surcroît, elle avait porté le ratio prêt-valeur à 100 % pour une catégorie d’individus, et ainsi ils sont nombreux à obtenir un financement total de la construction d’une maison. C’est la raison pour laquelle les prêts-logement ont grimpé de 9,7 % l’année dernière, représentant 26,1 % des crédits bancaires.

Jusque-là, rassurait la BoM dans son dernier «Financial Stability Report», «the consistent rise in housing loans does not represent excessive leverage of the household sector and a source of systemic risk». Car le taux médian de la croissance annuelle des prêts-logement n’a pas dépassé 10 % ces trois dernières années : la BoM s’appuie sur une note du Fonds monétaire international selon laquelle il faudrait un taux médian de plus de 12 % pendant trois années consécutives pour craindre une crise bancaire.

Mais c’était avant les hausses du taux d’intérêt à l’emprunt (2,15 % au total) et une inflation à deux chiffres… Or, reconnaît la BoM, «interest rate hikes… are expected to increase the debt servicing burden of households, especially those who have borrowed at high Debt-to-Income ratios». Et d’ajouter que «those households that are more vulnerable financially may face strains with interest rate increases and high inflation that would adversely impact their cost of living».

Ces ménages-là voient en effet une réduction immédiate de leur revenu disponible, les plus vulnérables étant les acquéreurs d’une première maison et les nouveaux emprunteurs qui ont peu de capitaux propres. Plus la part de la dette dans leur revenu est élevée, plus ils sont sensibles aux augmentations du taux d’intérêt. Et si les prix des logements chutent, entraînant une perte de la valeur des garanties, les banquiers seront très stricts sur le service de la dette.

Pour la BoM, «potential risks to financial stability emerging in the household sector can be managed by the appropriate macroprudential tools». Or ceux-ci ne sont utiles que dans un monde de taux d’intérêt bas. Lorsque les taux montent, il faut plutôt des mesures microprudentielles qui ciblent les banques individuellement.

D’ailleurs, à Maurice, le marché des logements a un faible lien avec l’état de santé de l’économie. L’investissement résidentiel ne constitue que 5,6 % du PIB, et sa contraction en 2017 et 2018 n’a pas eu d’impact négatif sur la consommation des ménages, ni sur la croissance économique. De plus, la demande de logements est affaiblie par la baisse de fécondité (1,4 naissance par femme) et par l’émigration (nette de 18 600 personnes de 2012 à 2021). On ne doit toutefois pas ignorer ce type d’investissement, car il demeure très réactif aux changements de taux d’intérêt et de prix.

D’autres hausses du taux d’intérêt sont inévitables. Elles forceront les banques à épurer leurs créances douteuses. Il est grand temps pour un assainissement de l’économie.

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