L’esprit du commerce

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Parmi les idées les moins contestées des économistes se trouve celle-ci : le commerce enrichit les pays qui y participent. La libéralisation du commerce international depuis la Seconde Guerre mondiale a engendré un net recul de la pauvreté dans les pays en développement, y compris à Maurice. Il est vrai qu’il n’existe pas de consensus politique en faveur du libre-échange, car il est politiquement rentable de mettre les problèmes domestiques sur le dos de l’étranger. Mais heureusement que nos dirigeants politiques gardent à l’esprit les vertus pacificatrices du libre-échange, au-delà de la création d’échanges commerciaux : ceux qui ont approuvé les accords de libre-échange de Maurice avec la Chine et l’Inde (préférentiel) ne sont pas des «imbéciles». En ce temps de guerre, ce serait malvenu de remettre en question ces traités, et encore plus de prendre parti pour l’un ou l’autre des protagonistes.

Alors que le monde est entré dans la logique de l’économie de guerre, il est plus que jamais essentiel, pour assurer la paix entre les nations, de cultiver l’esprit du commerce. Bien sûr, on ne voit pas l’île Maurice entrer en guerre contre la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis, mais elle peut donner l’exemple au monde en ce qui concerne le rôle pacificateur du commerce bilatéral. Si les rapports de force en matière de politique internationale sont inégaux, en revanche, on peut traiter d’égal à égal dans les échanges commerciaux.

Le plus grand service qui peut être rendu à l’État, c’est le «doux commerce» de Montesquieu. L’auteur de «De l’esprit des lois» (1748) notait que «l’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels».

Par sa nature, la liberté de commercer est pacifique, juste et mutuellement bénéfique. Son exact opposé, c’est le protectionnisme, synonyme de la guerre hobbesienne de tous contre tous pour le contrôle du pouvoir. Le commerce libre ne nécessite pas la force : il laisse simplement les gens acheter et vendre ce qu’ils veulent. C’est la protection, frappée au coin du favoritisme politique, qui est coercitive, car elle consiste à empêcher les individus d’agir comme bon leur semble. Elle nous impose à faire en temps de paix ce que nos ennemis nous feraient faire en temps de guerre : le protectionnisme est une forme de guerre de l’État contre son peuple.

Le commerce libre est incompatible avec un État tyrannique. L’adoption du libre-échange est un signe de bonne gouvernance dont peut se prévaloir notre gouvernement actuel. Lorsqu’une démocratie est fondée sur la liberté commerciale, les entrepreneurs peuvent acquérir des richesses sans corrompre les mœurs. En participant à la frugalité, à la modération, à la prudence, au travail et à l’ordre social, l’esprit du commerce est un rempart contre la «crise morale» dont la crise écologique serait la manifestation. À travers l’acte d’échange, l’esprit du commerce crée chez l’homme une satisfaction personnelle et un certain sens de justice.

Comme on le voit, un accord de libre-échange n’est pas uniquement une affaire d’exportations et d’importations de marchandises. Certainement, il s’agit avant tout de pouvoir exporter davantage – les exportations mauriciennes vers la Chine ont augmenté de 35 % en dollars en 2021 –, mais pas nécessairement de réduire le déficit commercial par une moindre croissance des importations. Celles-ci peuvent bondir au cours d’une année pour diverses raisons, telles que les achats de vaccins de la Chine ou de carburants plus chers de l’Inde, mais qui n’ont rien à voir avec la capacité d’exportation du pays importateur.

Ce serait hasardeux de tirer des conclusions hâtives sur nos accords commerciaux avec la Chine et l’Inde qui sont à peine entrés en vigueur. D’ailleurs, bien avant qu’ils aient été concrétisés, le déficit commercial de Maurice avec la Chine s’est accru en valeur, de Rs 18 milliards en 2010 à Rs 33 milliards en 2019. Quant au déficit avec l’Inde, il était déjà à un record de Rs 39 milliards en 2013 quand le cours vendeur du dollar américain était pourtant à Rs 31…

De toute façon, un déficit commercial ne signifie pas des relations commerciales déséquilibrées. Il n’est pas la preuve d’une mauvaise santé économique, de politiques déficientes ou de pratiques déloyales de la part du pays étranger, contrairement à ce que croient la plupart des Mauriciens. Le problème est que les décideurs politiques utilisent cette perception erronée pour entraver le commerce.

Le pire serait de politiser les relations commerciales de Maurice en étant sélectif avec les pays de peuplement. Or nous n’avons que des intérêts commerciaux à défendre. L’économie mauricienne est encore trop orientée vers l’Occident en termes d’exportations, de touristes, d’investissements et d’expertises, pour laisser péricliter l’esprit du commerce.

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