L’économie de guerre

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Partout dans le monde, l’ampleur de la réaction de l’État au Covid-19 a fait cette pandémie ressembler à une guerre. À Maurice, le gouvernement dépense un tiers du produit intérieur brut (PIB) pour en atténuer les répercussions sur l’économie, tant il est vrai que le coronavirus a frontalement heurté le pays. Face aux inquiétudes exprimées par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et Moody’s, le ministre des Finances affirme qu’il ne compte plus puiser dans les réserves de la Banque de Maurice pour renouveler cette expérience de financement par la banque centrale, mais qu’au contraire, il entend réduire sensiblement la dette du secteur public à moins de 80 % du PIB. Est-ce faisable, est-ce souhaitable, alors que nos principaux marchés d’exportation vivent dans une économie de guerre, même si Maurice ne se retrouve pas strictement dans une telle situation ?

Si l’invasion de l’Ukraine par la Russie concerne au premier chef l’Europe, l’obligeant à mener une guerre économique, en réalité, elle fait basculer plus largement le monde dans une logique de guerre qui s’étend à l’économie. En tant qu’importateur net de produits, Maurice subit les dommages collatéraux de la guerre, à savoir la chute de la production de ses fournisseurs et l’inflation externe due à la rareté de l’énergie et des autres matières premières. Certes, le pays peut encore compter sur la demande extérieure, mais pas au point de diminuer son déficit commercial.

Par conséquent, la croissance de son économie repose davantage sur la demande domestique, ce qui suppose des politiques fiscale et monétaire expansionnistes. Le problème est que les autorités ont très peu d’espace budgétaire et quasiment pas de marge de manœuvre monétaire. Elles ne s’en soucient pas, estimant que Maurice, contrairement aux pays développés, n’est pas en ré- cession, compte tenu de son taux de croissance du PIB.

Mais l’économie ne relève pas de la cliométrie (le recours à l’analyse statistique dans l’histoire économique) en référence à Clio, la muse de l’Histoire. Ce qui conduit l’économie, ce sont les anticipations de ses acteurs, et son carburant, c’est la confiance. Or, devant les gros nuages qui s’amoncellent, les attentes des investisseurs ne peuvent pas être positives.

Dans ce paysage assombri par la guerre, le gouvernement doit savoir dépenser à bon escient. Ses dépenses courantes ne cessent d’augmenter au détriment de ses dépenses d’investissement. Pour se désendetter, il doit maîtriser son budget de fonctionnement, ce qui lui permettra de dégager des ressources afin d’investir. Sinon, l’investissement du secteur public par rapport au PIB restera, comme ces trois dernières années, en dessous de son taux pré-Covid. Si l’État doit investir, plus il accroît sa capacité de désendettement, plus il rassurera la population que ses investissements ne feront pas payer chèrement les générations futures.

Le Covid a servi de prétexte au gouvernement pour stimuler ses dépenses. Il aura du mal à les ramener au niveau pré-Covid, en raison de ce que les économistes appellent «l’hystérésis» en politique fiscale : on peut avoir l’intention de faire de l’expansionnisme budgétaire sur une courte période, mais la volonté ne suffit pas pour s’en défaire après. S’il est facile d’accroître les dépenses publiques, en revanche, il est très difficile de les réduire. Puisque c’est ainsi, nous vivons en permanence dans la logique de l’économie de guerre qui se caractérise par des dépenses publiques structurellement élevées.

Pareille rigidité enchante les Keynésiens de tout poil, mais elle est pénalisante pour les ménages. Car la politique monétaire doit rester expansionniste afin que ces dépenses soient financées à des taux d’intérêt plus bas que les taux de croissance, et que les déficits budgétaires n’entraînent pas une hausse de la dette publique rapportée au PIB. Lorsque l’État force les citoyens à lui prêter à des taux inférieurs à ceux du marché, c’est de la répression financière. Dès lors, l’objectif central de la banque centrale n’est plus de combattre l’inflation – la Banque de Maurice n’a pas d’objectif d’inflation –, mais de faciliter le financement de l’État, de monétiser les déficits publics, dans le droit fil de la théorie monétaire moderne.

Si l’on veut être cohérent avec celle-ci, il faudra alors corriger l’inflation par une politique budgétaire restrictive qui prend la forme d’une hausse des impôts. Une telle mesure serait d’ailleurs plus efficace qu’une augmentation du taux d’intérêt pour contenir la demande, donc l’inflation. Une plus forte pression fiscale affectera les ménages, soit directement, soit à travers des pertes d’emplois si ce sont les entreprises qui sont plus lourdement imposées.

La racine du mal de toutes ces interventions étatiques, c’est l’aversion du risque des décideurs. Il n’y a pas de rendement sans risque. Il faut redonner aux Mauriciens, un peuple si pacifiste, le goût du risque, qui est l’esprit même de la guerre.

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