L’économie institutionnelle

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Contre toute attente, ce n’est pas tant la dette publique que l’affaiblissement des institutions qui pousse Moody’s à déclasser Maurice. Si l’agence de notation estime que «the quality and effectiveness of institutions and policy making has weakened», elle ajoute, dans la phrase suivante de son rapport, que «the institutional framework remains strong». Pour l’Union africaine, ces deux affirmations seraient «contradictory». Mais elles ne sont pas vraiment des contradictions dès lors qu’on dissipe la confusion autour de la notion d’institution.

 Dans son usage familier, une institution est vue comme une organisation, alors que pour les économistes – de l’institutionnalisme américain (associé à Veblen et Commons) à la Nouvelle Économie Institutionnelle (Coase, Williamson et North) –, une institution est comprise comme une règle du jeu. Le ministère des finances ou la banque centrale est une organisation, mais la politique fiscale ou monétaire est une institution.

En ce sens-là, l’évaluation de Moody’s est pertinente. Nous n’avons pas attendu ses critiques ni celles du Fonds monétaire international avant d’attaquer ouvertement le recours à la planche à billets. Pendant que certains de nos économistes conseillaient le gouvernement de monétiser le déficit budgétaire et d’utiliser les devises des réserves officielles pour sauver des entreprises, nous mettions en garde, dès le 6 mai 2020, contre l’horreur économique que représentent les « injections monétaires », et, le 26 août 2020, contre cette filiale de la Banque de Maurice au sobriquet de «MICkey ».

Comme tout a été archi-répété depuis deux ans, concentronsnous sur la nouvelle ligne d’argumentation de Moody’s : les règles institutionnelles. Ce sont elles qui font la différence entre les nations qui prospèrent et celles qui restent pauvres. Car une meilleure qualité des institutions améliore les incitations des individus à faire le meilleur usage des ressources dont ils disposent. Contrairement aux économistes néo-classiques et keynésiens, qui ne reconnaissent pas pleinement que les marchés sont intégrés dans des cadres institutionnels, il faut faire ressortir l’importance des institutions dans le développement économique, celles qui sont productives, stables et justes.

Par institutions, Douglass North, prix Nobel d’économie 1993, entend les contraintes sociales qui encadrent les interactions individuelles et permettent aux agents économiques de se coordonner. Elles comprennent aussi bien des règles formelles, écrites (constitutions, lois, réglementations) que des règles informelles, tacites (conventions, normes, codes de conduite, tabous, us et coutumes). Les institutions sont donc des pratiques qui informent sur le comportement normal d’autrui, de par sa régularité dans l’interaction.

Les institutions sont indispensables parce que nous vivons dans un monde incertain. Nos vies sont caractérisées par l’incertitude qui ne peut pas être supprimée, quoi qu’en fasse le gouvernement. Si l’on a des moyens de s’assurer contre des pandémies ou des guerres, en revanche l’incertitude liée à nos interactions avec des humains est irréductible. Il nous faut donc des institutions qui aident les acteurs économiques à gérer au mieux l’incertitude, à s’adapter au changement.

Toutes les institutions ne sont pas efficaces dans l’optique du développement. Il convient d’éviter une institution qui sert avant tout les intérêts de ceux ayant un pouvoir de négociation sur les décideurs politiques, au point de tolérer les entreprises zombies ou les emplois improductifs. On a plutôt besoin d’un cadre institutionnel à accès ouvert, qui pose des conditions égales à tous les producteurs, à tous les importateurs, sans se soucier des résultats inégaux : c’est ce qu’on appelle la concurrence institutionnelle.

Dans un monde changeant, les bonnes institutions sont celles qui permettent d’expérimenter, de procéder par essais et erreurs, de tester des idées, des technologies et des méthodes nouvelles, et surtout, d’éliminer les échecs. La résilience des institutions se fonde sur une grande humilité à l’égard de notre faillibilité, et non sur la prétention d’avoir toutes les solutions en main, devant la dispersion des connaissances qui font le succès d’une décision. Un cadre institutionnel qui ne se fige pas crée du dynamisme dans l’économie.

À l’instar du processus du changement économique, la performance économique est largement déterminée par la qualité des institutions qui soutiennent les marchés, et par une efficacité d’adaptation face aux commentaires des opérateurs. Parmi les déterminants fondamentaux se trouvent les droits de propriété, les coûts de transaction et la culture. La propriété privée étant garantie par la Constitution de Maurice, le cadre institutionnel demeure solide. Mais les coûts croissants des entreprises, les dysfonctionnements du mécanisme de feedback et les préjugés culturels risquent de projeter le pays hors du sentier de croissance économique.

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