Développement durable

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Le développement soutenable reste définitivement la philosophie économique du ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Un des trois objectifs de son premier budget était d’«assurer un développement durable et inclusif». Son deuxième budget paraphrasait la définition officielle du développement durable, tirée du rapport Brundtland de 1987, visant à «répondre aux besoins de la génération actuelle sans compromettre ceux de la génération future». Et son troisième budget veut «accélérer notre transition vers un modèle de développement durable et inclusif». 

Nul ne s’oppose par principe à l’idée générale d’un développement soutenable, qui se trouve naturellement au coeur d’un budget dit social. Mais ce sont les solutions qui doivent interpeller, par souci de réconcilier des antagonismes entre les logiques d’entreprise (retour sur investissement) et la qualité de vie. Ce concept est entouré d’une épaisse confusion quand des effondristes rouges peints en vert le reprennent pour prôner la décroissance. C’est toujours difficile de juger ce daltonisme, de distinguer le vert du rouge. Le ministre, lui, n’est heureusement pas contre la croissance économique, qu’il cite plusieurs fois dans ses discours budgétaires afin de l’accoler, avec raison, à la notion de développement durable. 

C’est un modèle de développement qui prétend faire en sorte que la croissance ne conduise pas à un épuisement des ressources non renouvelables. Pour ce faire, il existe des instruments de marché tels que l’écofiscalité incitative, l’internalisation des coûts environnementaux et le système d’échanges de quotas d’émissions, fondé sur le principe pollueur-payeur. Chez nous, un dispositif d’échange de crédits carbone permettra de réduire les rejets carbonés. 

À l’opposé, la voie réglementaire conduit à la déresponsabilisation des individus, de par la très forte contrainte que la kyrielle de décrets et de directives font peser sur les initiatives des uns et des autres. Le contrôle bureaucratique étouffe les bonnes volontés alors même que l’homme est un créateur et un inventeur formidable. Nous jouissons aujourd’hui de toutes les innovations passées qui, sans les réglementations présentes, nous ont permis d’accéder à une eau potable (avec la création des égouts), de respirer de l’air frais dans les villes (avec le remplacement du charbon) et de vivre plus longtemps (avec les progrès de la médecine). La couverture forestière étant passée de 30,4 % du territoire en 2003 à 25,6 % en 2018, la reforestation est possible si nous réalisons des gains de productivité en agriculture grâce aux nouvelles technologies, et si le bois est remplacé par les métaux et le ciment comme matériau de construction. 

Seule la responsabilité individuelle incite à l’innovation prudente, à la technologie avisée et au respect de l’environnement. L’entrepreneur qui investit son argent est forcément plus responsable que le bureaucrate de l’État qui n’a pas de comptes à rendre. C’est toujours dans l’intérêt des entreprises, sur un marché concurrentiel, de produire plus avec moins de ressources. C’est naturel pour un industriel, écrit Karl Marx dans «Le Capital», de vouloir «économiser les moyens de production» et développer de nouveaux usages pour les déchets. 

Les ressources naturelles n’existent que parce qu’elles sont rendues utiles par l’homme. Le pétrole n’était que pourriture au temps où il ne servait pas des besoins humains, mais on a ensuite découvert son utilité. Ses stocks mondiaux n’ont pas été épuisés, contrairement à ce qu’avait prédit le Club de Rome il y a un demi-siècle. Maintenant, les collapsologues devraient se réjouir de l’embargo européen sur le pétrole russe. Pourquoi ? 

La raison est économique : les prix montent avec la rareté des ressources, faisant ainsi émerger des innovations pour économiser des ressources. Cela prend du temps, le développement durable étant justement un processus de très long terme. L’allocation intertemporelle des ressources est toutefois gênée par le fait que les individus ont une préférence pour le présent : ce problème ne peut être résolu que par les marchés en fonction du prix du temps qui est le taux d’intérêt. 

Celui-ci doit encore augmenter pour que les ressources se dirigent vers la production de biens durables plutôt que de biens de consommation, vu que la hausse du prix du temps décourage les gens à consommer. Plus les projets d’investissement s’inscrivent dans la durée, plus il faudra inciter la population à épargner. Le développement ne peut pas être durable avec l’assèchement de l’épargne dû au taux d’intérêt réel négatif. 

Renchérir le loyer de l’argent pénalisera certainement les débiteurs et l’activité immobilière. Mais il est paradoxal de promouvoir le développement soutenable tout en favorisant l’endettement et le béton durables ! Faire de la dette publique et de la construction la pierre philosophale du développement ne répond pas aux besoins des générations futures si tant est qu’ils soient connus…

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