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Olympisme
Les Jeux olympiques qui se déroulent actuellement en Grande-Bretagne, et qui sont à la hauteur de toutes les attentes, démontrent encore une fois que c’est un moment de grande fraternité, où 204 pays se mesurent dans un esprit de fair-play. C’est la vision généreuse du Baron Pierre de Coubertin, instaurée avec les premiers Jeux olympiques de l’époque moderne en 1896, qui est à nouveau en marche. Les participants sont certes opposés les uns aux autres, il y a l’envie de triompher, mais c’est le respect qui prime à tout instant. Ces phrases résument bien l’esprit olympique et mettent en exergue les préceptes qui y sont sous-jacents :
You are my adversary, but you are not my enemy.
For your resistance gives me strength,
Your will gives me courage,
Your spirit ennobles me,
And though I aim to defeat you, should
I succeed, I will not humiliate you.
Instead, I will honour you.
For without you, I am a lesser man.
Historiquement, c’est à Olympie que les dieux olympiens inaugurèrent les Jeux alors que Heracles organisa, selon la légende, les premières compétitions sur piste et couronna les vainqueurs d’un rameau d’olivier sauvage. C’est pour cette raison que c’est la délégation hellénique qui défile en premier lors des Jeux. Quant à l’usage de la langue de Molière, elle est en hommage à De Coubertin et cette tradition s’est pérennisée.
Dans un monde submergé par la morosité, où les conflits persistent et ne s’estompent pas, les Jeux apportent un peu de réconfort, un peu de baume au coeur. C’est l’occasion de réunir sous un même toit les représentants de tous les pays, y compris des Etats belligérants.
C’est en ce sens que les Jeux ont une portée très inclusive et fédératrice, car il n’y a ni calculs ou stratégies politiques, ni desseins obscurs, comme cela peut arriver au niveau d’autres organisations internationales. On se présente aux différentes épreuves avec les mêmes chances, on est logé à la même enseigne, et si l’on n’est pas performant, on est éliminé sans aucune forme de procès.
La cérémonie d’ouverture qui est la vitrine du pays organisateur donne la possibilité de faire montre de sa capacité à mettre sur pied un spectacle grandiose, original, inoubliable. Après les Jeux olympiques de Pékin, la tâche s’avérait délicate pour les Britanniques. Fidèles à leur flegme légendaire, ils ont su relever le défi car «challenge» n’est-il pas après tout un concept très British, révélateur du British way of Life. Ainsi, c’est un spectacle déjanté auquel le public a eu droit, sous la férule de Danny Boyle, celui-là même qui nous avait ravis avec cette excellente et si touchante production cinématographique intitulée Slumdog Millionnaire. Paul McCartney et Rowan Atkinson, alias Mr Bean, y ont apporté leur grain de sel.
Le point culminant fut sans doute la simulation de l’arrivée de la «Reine» en hélicoptère, accompagnée de l’espion le plus célèbre de sa majesté, James Bond. L’humour britannique peut agréablement surprendre parfois, surtout lorsque la Reine se prête très allègrement à cette mise en scène royale. Le succès des Jeux passe aussi par la participation active de la population. Les Britanniques ont donc su créer une ambiance du tonnerre dans les stades et autres sites de compétition, et lorsque l’un des leurs remporte la médaille d’or, toute l’assistance entonne de manière magistrale le God Save The Queen.
Sur le plan de la performance, la Chine ne cesse d’étendre sa présence dans de nouvelles disciplines. Et même si des allégations ont encore une fois été véhiculées au sujet du succès de ses athlètes, elle démontre sa capacité à se projeter de plus en plus comme une puissance au niveau du sport dans le sillage de son assise sur le plan économique.
D’autres puissances économiques comme l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud, membres du bloc économique BRICS, avec la Chine et la Russie, doivent mettre les bouchées doubles si elles veulent émuler ces pays. Les Jeux, c’est avant tout la fête, la grand-messe des athlètes.
Ainsi, un certain nombre de victoires marquent vraiment les esprits en laissant une empreinte indélébile, à l’instar de celles de Phelps en natation, qui remporte à nouveau des médailles d’or, portant son total personnel à 22 médailles dont 18 en or, ou celles de tous ceux qui ont amélioré les records existants, poussant les limites de l’homme vers des sommets encore plus hauts, des paliers insoupçonnés.
Andy Murray a créé beaucoup d’émotions en remportant le tournoi de tennis olympique, ce qui n’était pas arrivé depuis la victoire du Britannique Arthur Gore en 1908. Il faut aussi souligner la prestation du Sud-Africain Oscar Pistorius, connu comme le Blade Runner, sur 400 mètres, et qui a mis en évidence sa volonté de vaincre l’adversité. C’est en même temps une leçon de courage qui mérite toute notre admiration et notre respect. Cela donne aussi un coup de pouce extraordinaire aux autrement capables pour qu’ils puissent retrouver leur place dans la société au lieu d’être tantôt toisés tantôt regardés avec paternalisme, voire pitié.
Dans le même ordre d’idées, la taille d’un pays ne doit pas être une fatalité. Il faut vaincre le signe indien comme ont su le faire tant de pays des Caraïbes et d’ailleurs. Nous devons nous en inspirer pour donner un coup d’accélérateur au monde sportif local. Il existe beaucoup de potentiel chez nous. A nous de le transformer en résultats palpables, tangibles. Le sport a aussi une dimension fédératrice et c’est à travers les exploits de nos représentants que l’on peut cimenter davantage notre nation, où tous se mobilisent pour célébrer nos héros.
Aujourd’hui, les Jeux olympiques sont caractérisés par le gigantisme. C’est pourquoi les pays organisateurs doivent de facto être non seulement solvables, mais aussi avoir des traditions sportives et proposer des sites de compétition qui allient à la fois professionnalisme, confort et sécurité. La sécurité est un élément clé, surtout avec les menaces terroristes. La Grande-Bretagne ayant participé à l’opération militaire à la fois en Afghanistan et en Irak, en tant qu’allié irréductible des Etats-Unis, et en raison des liens historiques qui les unissent, est devenue une cible privilégiée. Mais la Grande-Bretagne est avant tout une terre d’opportunités et un pays de foisonnement. Elle a accueilli en son sein non seulement les populations de ses anciennes colonies, mais aussi des exilés, des personnes d’origines très disparates, car, comme les Etats-Unis, elle ouvre ses frontières à des gens provenant d’horizons différents, ce qui dope sa machine de production et son économie.
Londres symbolise parfaitement cette Grande-Bretagne hétéroclite, d’où elle puise sa force pour être le centre financier international par excellence. Mais elle sait faire preuve de résilience, ce qu’elle a démontré tout au long de son histoire. Et c’est pour cette raison que nous pouvons parier que les Jeux seront encore une fois un grand rassemblement où, l’espace d’un moment, on aura l’impression de vivre dans un monde dont nous rêvons tous, où les clivages et les tensions sont inexistants.
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