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Le mauricianisme selon Kher Jagatsingh
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Le mauricianisme selon Kher Jagatsingh
On prête à un politicien travailliste des années 1970, cette déclaration sans ambages : Ki sa bébête qui so nom Mauricien ? Zamais mo vine trouve sa bébête-là ! Indo-mauricien, mo konné. Franco-mauricien, Créole mauricien, Sino-mauricien, Misilman mauricien, mo konné. Mais zamais mo fine zoine sa bébête qui so nom Mauricien ! Cette réflexion, ayant au moins le mérite de la franchise la plus brutale et le courage d?appeler un chat un chat, souleva, bien sûr, un tollé général et suscita les réactions les plus virulentes des bons apôtres du ?mauricianisme?.
Kher Jagatsingh est de ceux que ses adversaires politiques et autres détracteurs n?hésitent pas à taxer, à tort, de communaliste ne serait-ce que parce qu?il souhaite que tous les Mauriciens, de toutes les origines ethniques, de toutes cultures et religions, apprennent les rudiments de la langue hindi. Il peut pourtant se prévaloir d?un texte, datant aussi loin que 1958, dans lequel il prône rien moins que le mauricianisme le plus ambitieux.
Ce texte figure dans le recueil d?articles et de discours qu?il publie, en 1981, sous le titre énigmatique : Petals of Dust. Cela lui vaut d?être interviewé par Alain Gordon-Gentil qui cherche à mieux cerner la frontière, chez Jagatsingh, entre le pionnier du mauricianisme et celui que ses détracteurs, sinon ennemis, taxent de communaliste.
Petals of Dust marque aussi le demi-siècle d?existence de Sir Kher Jagatsingh. Cet anniversaire est aussi l?occasion opportune d?un bilan de vie et de carrière politique. Profitons donc de cette réminiscence de l?actualité de juillet 1981 pour rappeler que Jagatsingh et Walter sont, peut-être, les politiciens les plus injustement oubliés de l?époque pré-1982 et qu?il convient de les sortir de l?ombre et de mettre davantage en exergue leur contribution à l?édification de notre nation mauricienne.
Dans le cours de l?entretien confié à Alain Gordon-Gentil, Jagatsingh confesse qu?il y a aussi dans la parution de Petals of Dust son désir de ?laisser une trace? de vie et de combat derrière lui, de tendre un miroir à la génération suivante. Ce livre est introuvable ou presque sur les rayons de nos meilleures librairies. Sa réédition devrait intéresser l?une ou l?autre de nos rares maisons d?éditions, voulant, une fois de plus, faire oeuvre d?utilité publique.
Kher Jagatsingh avoue aimer l?adage voulant qu?une ?vie ne vaut rien mais que rien ne vaut une vie?. Il explique le titre, Petals of Dust, en soulignant que tout homme doit donner sa vie à la tâche qu?il s?est fixée, qu?il soit ministre ou ouvrier, prêtre ou charpentier comme Jésus de Nazareth. Il ne doit pas oublier pour autant qu?il est un oiseau de passage sur terre et que, poussière, il redeviendra poussière.
Le cinquantenaire Jagatsingh est en paix avec lui-même. Il n?a certes pas réussi tout ce qu?il voulait accomplir. Mieux que quiconque, il est conscient des inévitables lacunes dans tout ce qu?il a entrepris à ce jour. Il sait cependant que les idées fortes pour lesquelles il milite depuis son entrée dans l?âge adulte, sinon dans le combat politique, progressent. Pas aussi vite qu?il le souhaite mais elles commencent à faire du chemin et qu?il convient de donner du temps au temps. Notons qu?il doit son engagement dans la politique active et dans le PTr à Guy Forget, grand motivateur de jeunes talentueux.
Sur le plan politique, il se réjouit plus particulièrement que son parti, le PTr, a pu mener son combat sans mettre en danger la paix ni l?harmonie sociale existant entre Mauriciens d?origines si diverses. En politique, explique-t-il, les moyens utilisés sont aussi importants que le but à atteindre. Une façon comme une autre de dire que la fin ne justifie jamais les moyens, même en politique. Nous devons militer et même combattre sans laisser la haine et la rancoeur se glisser dans notre coeur.
En politique, comme en toutes choses, il est bon que les parties concernées acceptent de temps en temps de s?asseoir autour d?une même table pour faire l?inventaire des principes et idées fortes qu?elles ont en commun. Il ne comprend pas comment peut subsister la moindre divergence entre Mauriciens au sujet de la rétrocession des Chagos à Maurice, même si on ne s?entend pas sur la stratégie à adopter pour obtenir ce résultat. Cette défense sacrée de l?intégrité du territoire mauricien fait qu?il n?a jamais pardonné au PMSD d?avoir voulu, à un moment ou à un autre, le démembrement de Rodrigues ou encore d?offrir notre Grand-Port à une puissance étrangère.
Jagatsingh enseigne également qu?on peut contester des idées, qu?on juge inopportunes, sans pour autant se croire tenus de combattre les personnes qui les prônent. Cela explique la réconciliation aussi rapide, après le 12 mars 1968, entre les partisans et les opposants de l?Indépendance.
La vie apprend à Jagatsingh à accepter une certaine évolution de ses idées, à devenir plus réaliste, plus pragmatique. Il prédit que le MMM perdra au fil des ans de son entêtement dogmatique. Les contraintes du pouvoir lui enseigneront les vertus du pragmatisme et du consensus social, de la tolérance.
Il veut par-dessus tout qu?on soit convaincu qu?il n?a jamais ambitionné devenir le Premier ministre de Maurice et que sa seule ambition politique est de servir le plus loyalement et le plus efficacement possible Sir Seewoosagur Ramgoolam et son éventuel successeur à la tête du PTr.
Rappelons que Jagatsingh est le 14e enfant d?une famille de 16 enfants, que sa mère, pourtant illettrée, possède une sagesse innée, qu?il n?a pu faire que des études primaires mais que cela ne l?a pas empêché de devenir un des ministres de l?Education les plus dynamiques et les plus clairvoyants de Maurice.
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