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Eden Balgobin nous quitte

13 mai 2008, 20:00

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Il est de bon ton, aujourd?hui, au ministère de l?Education de tomber à bras raccourcis sur les collèges privés et menacer même de leur couper les vivres, autrement dit les subsides, pourtant solennellement promis, lors de l?engagement, sinon gouvernemental, du moins préélectoraliste, des frais de scolarité, non plus payés par les parents des collégiens concernés mais par l?ensemble des contribuables et des consommateurs, pour ne pas parler, ici, de la prétendue scolarité gratuite.

Nos autorités éducatives possèdent désormais les moyens, toujours financés par les contribuables et consommateurs, de tenir la dragée haute aux directeurs des collèges privés. Fortes, désormais, de la soixantaine de JSS, SSS, collèges d?Etat, nationaux et régionaux, construits, dans le temps, principalement par Kher Jagatsingh et Steeve Obeegadoo, elles peuvent espérer pouvoir, bientôt, se passer de plus en plus, sinon de la totalité des collèges privés, du moins de ceux qui prennent davantage de plomb dans l?aile, à chaque rentrée scolaire, car ils voient leur population estudiantine se rétrécir comme une peau de chagrin.

Le décès, en mai 1983, de l?un des directeurs des collèges privés les plus avisés des années post-Independance, Sachitanandsing Balgobin, le directeur de la chaîne des collèges Eden, nous fournit l?occasion de nous souvenir utilement des différentes péripéties de l?histoire de l?enseignement secondaire dans l?île Maurice du XXe siècle. C?est une belle et édifiante histoire car ce sont de véritables pédagogues qui la bâtissent et la rédigent dans les affres d?un dévouement éducatif sans précédent.

Au départ, c?est-à-dire au tout début des colonisations française et anglaise, l?intérêt éducatif des autorités gouvernementales successives se résume au seul problème du recrutement des fonctionnaires que réclame l?administration du pays. C?est ainsi que voient le jour le Lycée Colonial et puis le collège Royal. Au milieu du XIXe siècle, le diocèse de Port-Louis saura encourager la mise sur pied de collèges confessionnels, tenus par des religieux et des religieuses et que réclame surtout la haute bourgeoisie catholique. L?innovation est de taille car l?administration, ne recrutant pas de fonctionnaires femmes, attendra les années 1950 pour ouvrir le premier collège d?Etat pour filles, le QEC.

A partir des années 1930, la société mauricienne se met à produire une nouvelle génération de pédagogues, voulant mettre l?enseignement secondaire à la portée des adolescents les plus motivés et les plus méritants des classes laborieuses. Notre histoire retiendra, certainement, à ce propos, les noms d?Alex Bhujoharry, de Claude Obeegadoo, de Gaëtan Rault, d?Esaïe David, de Shantilall Dhanjee, de G. Venkatasamy, de Sookdeo Bissoondoyal, d?Ecosse Humbert, d?Harold Cham Lan et de Sachitanandsing Balgobin, plus connu sous le nom d?Eden Balgobin.

Ce rappel n?est pas de trop quand on sait que la Fédération des Créoles retient l?éducation des jeunes comme première priorité. Elle doit seulement se souvenir qu?il ne suffit pas de conduire sa monture à la fontaine pour qu?elle consente à s?abreuver. Avant d?apprendre, nos jeunes ont besoin de ressentir, en eux, l?ardente soif du savoir et des connaissances générales. Le succès des pédagogues exemplaires précités tient au fait qu?ils surent multiplier, au bon moment, d?abondantes fontaines, pouvant étancher les soifs estudiantines les plus ardentes et ce faisant, ils ont produit des générations de fins intellectuels responsables, faisant la fierté de notre île Maurice.

Il est infiniment triste de penser que parmi ceux voulant éliminer nos collèges privés, pourtant si méritants, se trouvent d?anciens étudiants et même d?anciens enseignants d?Eden Balgobin. Il nous quitte, le 3 mai 1983, à l?âge de 52 ans. Il décède à son domicile à Saint-Pierre. Il fonde son premier collège Eden en 1951, après avoir complété ses seules études secondaires. Son inlassable dévouement auprès de ses élèves, ses nombreuses innovations, permettent à son établissement de devenir bien vite un des collèges privés les plus prospères de l?île. Il fonde bientôt des succursales dans les différentes villes et les principaux villages. Dans les cruciales années 1960, celles du combat électoral pour l?Indépendance, il parvient à attirer des enseignants aussi prometteurs que James Burty David, Raouf Bhundhun, Ramduth Jaddoo, Dharmanand Fokeer et S. Ramdahen.

Il s?intéresse aussi au travail social et fera de la politique active, en tant que conseiller municipal à Quatre-Bornes, ville dont il présidera le conseil urbain en 1965. Son incinération a lieu au pied de la montagne du Corps de Garde, en présence notamment d?Anerood Jugnauth, de Seewoosagur Ramgoolam et de Satcam Boolell.

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