Alain Langlois: «Pourquoi le gouvernement ne donne-t-il pas des îles à l’un de ses petits copains ?

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Alain Langlois, ancien directeur de Raphaël Fishing Co. Ltd

Alain Langlois, ancien directeur de Raphaël Fishing Co. Ltd

L’affaire ne cesse de faire des vagues depuis la conférence de presse de Maneesh Gobin sur un bail accordé, il y a presque 100 ans, sur 13 îles de l’archipel de Saint-Brandon, pour Re 1. L’ancien directeur de Raphaël Fishing Co. Ltd se livre. Et il n’y va pas de main morte.

Est-ce votre prise de position sur l’inaction du gouvernement concernant le «Yu Feng» qui l’a «réveillé» concernant le bail permanent de Saint-Brandon ?

Je ne crois pas que ce soit l’épisode Yu Feng. Et je ne comprends pas la relation entre le Yu Feng et le bail. Cela fait presque 100 ans que Raphaël Fishing est présente à Saint-Brandon. Il y a plus de six ans, il y a eu le naufrage du Kha Yang, le 31 janvier 2015, à quelque 1,5 mille nautique du Yu Feng. Rien n’a été fait. Je n’étais plus au sein de la compagnie mais je suis parti pour faire un relevé des dégâts. Il y avait deux bases de la National Coast Guard (NCG) à Saint-Brandon. Une petite sur l’île du Sud et la principale sur l’île Raphaël. Il y a quelques années, les garde-côtes sont venus fermer base de l’île du Sud. S’ils étaient encore là, pas besoin de demander la permission de quelqu’un. Ce n’est pas moi qui suis venu «chasser» les garde-côtes. On ne peut pas imputer les problèmes actuels à la compagnie.

 Pourquoi ce bail dérange maintenant, alors que Raphaël Fishing Co. Ltd le détient depuis des années ? La question à poser est : quel est l’agenda du gouvernement ? Il y avait un agenda par rapport à Agaléga. Je l’ai toujours dit. Quand on a défendu aux femmes d’accoucher à Agaléga, c’est pour qu’il n’y ait plus de natifs. Depuis 2008, il n’y a pas de natifs sur l’île. Personne ne connaissait le motif. Quel est le motif du gouvernement quand il veut reprendre le bail de Raphaël Fishing ? Le 31 juillet 2008, le Conseil privé a donné gain de cause à Raphaël Fishing. Depuis 2008, rien et là, subitement, on se réveille ? Dans son communiqué, Raphaël Fishing a dit que la compagnie n’a eu aucune communication avec le gouvernement. Il y a bien des raisons à toute chose.

Le gouvernement n’a pas dévoilé ses cartes. Celui-ci, à travers l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), a entre ses mains 15 îles de Saint-Brandon. Ce sont les autorités qui peuvent accorder le bail. Le gouvernement parle de guano mais Raphaël Fishing ne possède aucune île de guano. Cinq îles ont fait l’objet d’exploitation de guano avant 1980. Elles sont : Frégate, La Perle, Sirène, Albatros et l’île du Nord. À l’époque, ces îles étaient louées à Raphaël Fishing. Sur les 28 îles de Saint-Brandon, Raphaël Fishing a un grant permanent sur 13 îles, les 15 autres sont entre les mains de l’OIDC, donc contrôlées par le gouvernement. Ces îles peuvent être «données» à n’importe qui et d’aucuns peuvent y faire n’importe quoi.

Pourquoi dire aujourd’hui qu’il y a des richesses comme le guano bio là-bas ? Pourquoi le gouvernement ne donne-t-il pas des îles à l’un de ses petits copains ? Ce n’est pas une compagnie privée qui le leur interdira ! Raphaël Fishing ne fait plus de guano depuis 50 ans.

Racontez-nous l’historique du bail.

C’était une concession. Le gouvernement d’alors avait accordé cette concession à un pirate et d’autres personnes. Et puis le gouvernement de Saint-Brandon, à la fin du 19e siècle, est venu changer ces concessions en bail permanent. C’est la compagnie Fish & Manure qui détenait ce bail et c’est en 1926 que Raphaël Fishing l’a acheté.

Est-ce que ce bail vous donne un contrôle absolu sur ces 13 îles ?

Qu’ils ne viennent pas se justifier pour dire que Raphaël Fishing contrôle Saint-Brandon pour Re 1. Sir Anerood Jugnauth m’avait dit qu’on ne pouvait pas avoir un bail permanent car ce sera contesté en cour. Il m’a dit que nous gardons quand même de bonnes relations et que nous continuerons à travailler. Je lui ai dit pas de problème. Le jugement tombe et vient dire que le législateur de l’époque a tort d’appeler cela un bail permanent et qu’il s’agit plutôt un grant permanent car le bail est à durée déterminée alors que celle d’un grant est indéterminée.

On n’a pas de contrôle sur les îles. On essayait juste de préserver l’environnement, c’est tout. Depuis 1954, il y a une station météo sur l’île Raphaël. En 1998, il y a eu une station de la NCG au même endroit et une deuxième sur l’île du Sud. Ils sont partis en 2017. Il faut que le gouvernement dise quel est le problème. Moi je veux que Saint-Brandon soit une Marine Protected Area. J’ai toujours milité pour préserver la faune et la flore. Ça n’a jamais changé. La politique est toujours le même.

Quelle est la marche à suivre ?

Raphaël Fishing attend de voir ce que le gouvernement va faire. Il y aura des contestations si le gouvernement entame une action en cour. Le communiqué affirme, oui j’ai un bail sur Saint-Brandon, mais on n’a pas été contacté et on a tout fait selon la loi. Le gouvernement ne dit pas la vérité. Jusque dans les années 80, les autres baux n’ont plus été accordés à qui que ce soit. Ça veut dire que le gouvernement est en possession de ces terres. Pourquoi ne pas les donner à un autre ?

Raphaël Fishing et les pêcheurs mauriciens vont pêcher à Saint-Brandon. S’il y a un étranger, il faut prévenir l’OIDC, qui a son tour informe le PMO. Et chaque étranger paye Rs 5 000. Si ce sont 200 étrangers, c’est un million par an. L’OIDC n’a aucune infrastructure à SaintBrandon. Ils ne peuvent pas feindre de ne pas savoir quand l’OIDC encaisse de l’argent à Saint-Brandon.

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