Travail: le «quiet quitting» ou démission silencieuse, quèsaco?

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 Le «quiet quitting» est une revendication des travailleurs, une négation de la «hustle culture».

 Le «quiet quitting» est une revendication des travailleurs, une négation de la «hustle culture».

Le travail, c’est la santé… Cette chanson est restée ancrée dans l’imaginaire populaire et dans le jargon général de l’emploi. Pourtant, depuis trois ans, un autre refrain résonne aux oreilles des travailleurs, celui de la démission silencieuse. Qu’est-ce donc ce phénomène sociétal qui a pris le pas sur les habitudes et les pratiques professionnelles ? Est-il aussi nouveau qu’on ne le pense ? Tour d’horizon du «quiet quitting»

Quand nous parlons de quiet quitting, il ne s’agit pas là d’une démission littérale ; il n’est pas question de quitter son travail pour se tourner vers de plus verts pâturages. La notion de démission silencieuse se réfère plutôt à rester en poste en ne faisant que ce que demande le cahier des charges, le minimum syndical en somme. En septembre 2022, dans le Harvard Business Review, Anthony C. Klotz et Mark C. Bolino ont posé la définition suivante : «Quiet quitters continue to fulfill their primary responsibilities, but they’re less willing to engage in activities known as citizenship behaviors: no more staying late, showing up early, or attending nonmandatory meetings.»

Ainsi, sur la check-list que prône le phénomène du quiet quitting, il y a surtout les choses à ne plus faire : plus d’heures supplémentaires non rémunérées (donc respecter les horaires contractuels ni plus ni moins) ; plus de tâches ou gatherings qui ne cadrent pas avec les exigences de l’activité professionnelle ; ne plus se dévouer pour aider une équipe ou un collègue juste par bonté d’âme, et surtout ne plus être le traditionnel teacher’s pet.

D’où vient un tel désaveu, un tel désengagement ?

Un sondage de Gallup en 2022 a estimé qu’alors que 32 % de la main-d’œuvre américaine se révèlent être engagés, 18 % ne le sont pas et ne cachent pas leur insatisfaction au travail, et que 50 % des travailleurs pourraient être qualifiés de «quiet quitters». Mais alors d’où vient ce phénomène ? Le Los Angeles Times situe le début de l’utilisation de quiet quitting par Bryan Creely, un recruteur de Nashville devenu coach de carrière, qui en parle dans une vidéo postée sur TikTok et YouTube le 4 mars 2022. Plusieurs théories existent sur ses réelles origines – dont le «lying flat» chinois qui est antérieur.

Le phénomène est aussi souvent associé à la génération Z, nourrie aux mamelles des réseaux sociaux et prête à passer le seuil du monde du travail avec ses exigences, car plus connectée et qui rejette en vrac la «hustle culture». Une récente étude de l’ADP Research Institute a, en effet, montré que presque 70 % des jeunes auraient tendance à quitter leur travail si leur employeur leur demandait de revenir à 100 % en présentiel.

De même, si la démission silencieuse aurait pris de l’ampleur pendant la période pandémique, le quiet quitting aurait-il pu être un facteur de baisse de productivité ? Mais il s’ajouterait alors à un ensemble de causes économiques entrant en jeu lors de cette période, à une baisse générale de motivation et au blues pandémique. Par exemple, entre 2020 et 2021, tous les indicateurs étaient dans le rouge. Selon Statistics Mauritius, la labour productivity a augmenté à 11,4 % après une baisse à 9,4 % en 2020. «This was the combined result of an expansion of GVA (NdlR, Gross Value added) by 4.2% in 2021 compared to a contraction of 14.4% in 2020 and labour input which declined by 6.4% in 2021 after a fall of 5.5% in 2020.»

«Les raisons sont multiples : manque de considération financière et de reconnaissance face au travail réalisé ; la validité d’accepter de faire plus quand il y a un problème de sous-effectif….»

Kevin Ramkaloan, Chief Executive Officer de Business Mauritius, nous explique : «Chez Business Mauritius, nous portons beaucoup d’intérêt au work-life balance. D’ailleurs, c’est un des sujets que traite notre Social Capital Commission. Cependant, il est important aussi de considérer la relation entre la productivité et les salaires. Si la productivité augmente plus que les salaires ou que ce soit l’inverse, il y a moins de compétitivité. Cela se reflète alors dans l’Unit Labour Cost, qui a lui-même un effet important sur notre compétitivité et les exportations de biens et services.»

Sortir du joug traditionnel, une revendication pas si nouvelle

Pourtant, le quiet quitting semble n’être qu’une nouvelle façon de qualifier le combat des anciens qui, après avoir accepté pendant de longues années les codes et le rythme de travailler plus, font désormais preuve d’une grande résignation. La phase que vivent ceux qui ne veulent plus se sacrifier, enchaîner les burnout, voire faire un AVC. Derek Thompson, dans The Atlantic, a d’ailleurs souligné que les chiffres du sondage de Gallup en 2022 ne sont pas différents de ce qui se passait en 2000. Thompson avance ainsi que «the term has taken off in part because burned-out or bored workers are simply desperate for a fresh vocabulary to describe their feelings».

Les quiet quitters sont les dilettantes des temps modernes. Il n’est plus question de subir une charge mentale accrue au travail au détriment de sa vie personnelle, mais de penser à son bienêtre, de s’adonner au self-care. Il s’agit de ralentir la cadence pour mieux sauter à pieds joints dans une vie plus épanouie. En fait, pour les adeptes de la démission silencieuse, la santé, qu’elle soit physique ou mentale, passe par le fait de ne faire que ce qui est requis au travail. Il semblerait que ce soit un nouveau moyen de dire non, de montrer son désintérêt pour un travail qui ne donne plus de satisfaction, de s’émanciper de la culture du rat race.

Les raisons sont multiples : manque de considération financière et de reconnaissance face au travail réalisé ; sentiment d’être délaissé ou ignoré ; la validité d’accepter de faire plus quand il y a un problème de sous-effectif; promesses non tenues de l’entreprise ; baisse de motivation; chute de la productivité, et manque de communication et d’interaction avec les supérieurs.

Et la paresse ancestrale dans tout ça ?

Le quiet quitting n’adouberait-il pas la paresse et la désinvolture ? Cacherait-il une paresse déguisée qui existe depuis la nuit des temps ? Que dire de ceux qui n’ont pas attendu le phénomène pour faire un remake du crop circling au travail? Bouger sa souris pour donner l’impression d’être en ligne ; les innombrables pauses pou kas poz; attendre une certaine heure pour lancer la machine afin d’avoir droit aux heures sup à taux majoré, ou encore donner l’impression d’être toujours sous l’eau sans raison.

Entre vrai dilemme déontologique (et mal-être réel au travail) et la loi du talion inversée (the survival of the un-fittest), la démission silencieuse pose également la question d’éthique, de conscience et de discipline personnelle. Elle ne devrait pas proposer sur un plateau une nouvelle théorie qui tombe à point nommé pour justifier des pratiques peu professionnelles cultivées depuis toujours.

Trends in productivity indices – Total economy, 2011 to 2021. Productivity and Competitiveness Indicators (Statistics Mauritius)
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