Jardin botanique de Curepipe: les élus cultivent les contradictions

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Le décor est planté. La polémique enfle depuis que la construction d’une plateforme religieuse a été annoncée. Et, si les habitants et les écologistes s’indignent, les élus, eux, se perdent dans les explications, changeant de version à tout-va.

Que se passe-t-il donc au Jardin botanique de Curepipe ? Personne n’arrive à accorder ses violons depuis que la construction d’une plateforme religieuse a été annoncée en décembre. Alors que l’opposition à ce projet gagne du terrain, les versions contradictoires des autorités se multiplient. D’autres, eux, préfèrent garder – religieusement – le silence. Toujours est-il que ce projet, selon ceux qui sont dans la construction, n’a aucun sens, tel qu’il est exécuté.

Décision fantôme

Tout a commencé le 23 décembre. Un «projet tant attendu a été finalement mis en chantier par le ministère de l’Environnement», annonce un média en ligne proche du gouvernement. Celui d’une plateforme au Jardin botanique de Curepipe. Dans l’article, il est précisé que ce projet est très important car il facilitera «le bon déroulement de cérémonies religieuses (…)».Le projet, poursuit le texte, a «été avalisé par un gouvernement responsable», même si aucune mention n’a été faite dans les décisions du Conseil des ministres de 2022. Cependant, il est intéressant de noter que le 9 décembre, le Cabinet avait pris connaissance du master plan qui prévoyait d’«implement green and sustainable practices» et de «plan for the appropriate use of available State Lands» à Curepipe… Face au projet, une pétition a été lancée et à hier, elle avait recueilli 5 326 signatures à 18 heures. Parmi les raisons évoquées pour justifier l’opposition au dit projet : «Bizin aret bétonn lanatir so prop kréasion pou swadizan priyé Bondié» (…) «I believe that a botanical garden is meant for promoting various tropical and endemic plants. On the other hand, there are already dedicated areas for promoting religious practices» ou encore «I would like to propose a temple in the middle of the runway at SSR Airport. The logic seems as reasonable as that I’m signing against here».

Festival de versions contraires

Depuis, c’est le bal des contradictions. Le ministre de l’Environnement Kavy Ramano a fait savoir dans la presse cette semaine qu’il ne s’agit pas d’une plateforme religieuse, mais de la «stabilisation d’un espace utilisé depuis des années par des dévots pour la fête Cavadee» et que de toute façon, ce projet ne concernait pas son ministère, mais la municipalité de Curepipe. Toutefois, le panneau indique clairement que le projet est la construction d’une plateforme religieuse et le client, le ministère de l’Environnement. Le maire de la ville, Hans Marguerite, n’a pas répondu à nos sollicitations, tout comme le ministère des Collectivités locales.

De son côté, le député Kenny Dhunnoo, qui avait annoncé, le 23 décembre dernier dans l’article du journal en ligne, qu’il souhaite que «ce projet sera (sic) complété avant la célébration de la fête Cavadee (…)», donne désormais une autre version des faits. Il ne s’agit plus d’une plateforme religieuse, mais d’un mur de soutènement. Pourquoi le projet est-il décrit comme une plateforme religieuse sur le panneau ? Une faute de l’entrepreneur, répond-t-il. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Dans le même souffle, Kenny Dhunnoo avance que… ce sera une plateforme multi-usages. Le public pourra y prier et organiser des piqueniques, entre autres.

Cependant, voilà qu’une lettre (ci-dessous) émanant du ministère de l’Environnement le 5 octobre dernier vient prendre à contre-pied ministre et député. Cette lettre, adressée à l’entrepreneur, donne des consignes concernant le panneau. Malgré les affirmations précédentes de Kavy Ramano, c’est le ministère de l’Environnement qui demande clairement à ce que la mention explicite de «Religious Platform» soit faite. La missive indique aussi que le projet doit être exécuté selon le dessin imposé par le ministère. Nous avons essayé en vain, d’avoir la version de ce dernier à ce propos.

Lorsque le contrat a été alloué, avance une source interne proche du dossier, la mention qui devait appraître sur le panneau était «construction of a platform in Botanical Garden, Curepipe». Ce n’est que plusieurs semaines après que le ministère a décidé préciser l’aspect «religieux». «Ce n’est donc pas une faute de l’entrepreneur, comme l’ont affirmé certains», poursuit notre source.

Il nous revient aussi qu’une «haute personnalité» de la région aurait même demandé à ce que le panneau soit enlevé pour calmer les esprits, mais son avis n’a pas été pris en considération pour des raisons légales. Un tel panneau ne peut pas être enlevé d’un site de construction...

Quant aux spécialistes de la construction, ils ne cachent pas leur hilarité face à ces explications «vaseuses». «Oui cela peut s’apparenter à un petit mur de soutènement. Mais le mur a été nécessaire car il y a eu des excavations pour construite une plateforme ! S’il n’y avait pas eu de fouilles, il n’y aurait pas eu besoin de mur de soutènement…» Si le sol était poreux, poursuivent-ils, il n’y aurait toujours pas eu besoin de fouiller pour construire la plateforme, l’entrepreneur pouvait simplement le combler.

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