Une reprise sous la menace d’une nouvelle récession

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Alors qu’on se réjouissait à l’échelle mondiale de la fin de la crise du Covid en décembre 2021, personne ne se doutait à l’époque qu’un nouveau drame humain allait se jouer rapidement aux portes de l’Europe. La guerre russo-ukrainienne, déclenchée par Vladimir Poutine qui étend son influence sur les ex-États de l’Union soviétique, qu’il veut recréer, a visiblement marqué les esprits de la population mondiale après 11 mois d’hostilités, comptant à la clé des milliers de morts des deux côtés et des dégâts matériels chiffrés à des milliards de dollars. Mais plus important, cette guerre aura généré trois chocs : géopolitique, économique et énergétique. Qui sont venus fragiliser le socle de nombreux pays développés tout comme celui d’économies émergentes et de pays nouvellement industrialisés.

En attendant que les nouvelles puissances mondiales redistribuent les cartes sur le front géopolitique, l’année qui s’ouvre s’annonce compliquée et porteuse de redoutables défis économiques. Économistes et institutions financières sont catégoriques : les risques d’une nouvelle récession sont bien présents, ce qui devrait frapper d’abord les pays de la zone euro et le Royaume-Uni, alimentés par la poursuite de la politique de normalisation avec des hausses successives des taux d’intérêt pour juguler et ramener l’inflation globale à des seuils contrôlables. Une démarche qui est susceptible en contrepartie d’enfoncer les ménages dans une spirale d’endettement, dont le porte-monnaie fait déjà les frais des prix explosés de factures énergétiques jamais atteintes depuis les années 70.

Pour le moment, Goldman Sachs, dans son Global Economic Analyst de 2023, qui prévoit une croissance globale de 1,8 % cette année, écarte les États-Unis de ce danger économique, dont la croissance en 2022 «has slowed to a below-potential pace of about 1% because of a diminishing reopening boost, declining real disposable income (driven by fiscal normalization and high inflation), and aggressive monetary tightening». Tout en rappelant dans la foulée que la réouverture de la Chine exercera de fortes pressions sur les prix et maintiendra les pressions inflationnistes.

Le phénomène inflationniste sera encore là pendant quelques mois, avant que la tendance ne soit inversée, dépendant de l’efficacité de la politique de normalisation monétaire enclenchée depuis l’année dernière par la banque de Maurice.

Ainsi, selon certains spécialistes, la hausse de la demande chinoise pour le pétrole devrait plus que compenser la baisse de la consommation en Europe et en Amérique. Et Goldman Sachs d’indiquer qu’une reprise rapide en Chine pourrait contribuer à pousser le prix du pétrole Brent à 100 $ le baril, une augmentation de 25 % par rapport aux prix d’aujourd’hui.

Ce décor de l’économie mondiale planté, où va celle de Maurice ? Quelles sont les perspectives en 2023 ? Nous avons réuni une brochette d’experts connus sur la place, pour décrypter les enjeux économiques et y apporter leur éclairage. Leurs analyses sans fioriture en pages 10 et 12 soulignent les défis auxquels l’économie du pays est confrontée et dressent ses forces et faiblesses.

Mais qu’on ne se voile pas la face. Malgré l’assurance du ministre des Finances et le feel-good factor dans le pays que constate le Premier ministre, Pravind Jugnauth, dans son message de fin d’année, l’économie demeure encore fragile face aux facteurs externes sur lesquels nos décideurs ont peu d’emprise. Comme d’ailleurs beau- coup de pays qui disposent d’une économie ouverte et qui doivent importer plus de 75 % de leurs biens alimentaires. Du coup, rappeler que l’économie croîtra de 7,8 % cette année, que le PIB atteindra Rs 562 milliards et que le FDI dépassera Rs 25 milliards, pour ne citer que ces quelques chiffres, n’ont qu’une importance relative face aux dangers économiques qui se profilent à l’horizon. Même s’ils peuvent constituer une source de satisfaction pour le Trésor public qui peut s’enorgueillir d’avoir appliqué les bons remèdes face à la crise sanitaire et économique, qui est à l’origine de la contraction de 15 % de l’économie en 2020.

Or, une récession en Europe, où le pays puise le gros de sa clientèle touristique, pourrait remettre en cause l’objectif de 1,4 million de touristes visé par les autorités pour l’année fiscale 2022-23 et pour lequel l’AHRIM a déjà apporté sa réflexion. Cela alors que la croissance estimée de 7,8 % en 2022 aura été à plus de 50 % tirée par le tourisme et que le gouvernement s’appuie sur la reprise totale du secteur pour atteindre la performance pré-Covid et la dépasser pour doper sa croissance.

Sans pour autant apparaître comme des oiseaux de mauvais augure, les risques d’une détérioration des principaux indicateurs macro-économiques avec l’avènement d’une nouvelle crise ne peuvent être repoussés d’un revers de main. D’autant plus que le phénomène inflationniste sera encore là pendant quelques mois, avant que la tendance ne soit inversée, dépendant de l’efficacité de la politique de normalisation monétaire enclenchée depuis l’année dernière par la Banque de Maurice. L’économiste Rajeev Hasnah souligne dans l’analyse le rôle crucial que les banquiers centraux seront appelés à jouer en 2023 pour désamorcer la bombe qu’est l’inflation, afin de stabiliser l’économie mondiale et accessoirement celle du pays.

Alors que 2023 nous rapproche de l’échéance électorale, la tentation sera sans doute forte pour les dirigeants du pays de placer l’économie en back seat au profit de mesures sociales à forte coloration électorale. D’autant plus qu’en juillet prochain, les retraités auront droit à Rs 13 500 et que les spécialistes de la pension s’interrogent sur la provenance des fonds qui seront utilisés pour financer cette promesse électorale. Tout comme d’autres largesses ciblées pour amadouer la population et gagner sa confiance. Reconnaissons cependant que d’autres formations ont eu recours dans le passé à cette pratique mais tout dépendra de l’état de la caisse.

Car il ne faut pas oublier que les agences de notation surveillent comme le lait sur le feu le niveau de la dette souveraine. Rien donc ne devrait être fait pour que le pays sombre dans la catégorie junk status. Et ainsi éviter de placer nos dirigeants devant la posture de dire «après moi, le déluge».

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