Le blanchiment du corail entraîne des bagarres «inutiles» entre poissons

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Un poisson-papillon nageant sur un récif, au large de l’île Christmas, un territoire extérieur australien.

Un poisson-papillon nageant sur un récif, au large de l’île Christmas, un territoire extérieur australien.

Les  poissons dont le régime alimentaire souffre du blanchiment des récifs coralliens se lancent dans des combats «inutiles», en y gaspillant une énergie précieuse qui menace leur survie, selon une étude publiée hier. Provoqué par la hausse de la température des océans, conséquence du réchauffement climatique, le blanchiment du corail est un phénomène de dépérissement se traduisant par une décoloration des récifs, qui fournissent abri et nourriture à de nombreuses espèces marines.

Une équipe de chercheurs a étudié les conséquences de ce blanchiment sur 38 espèces de poissons-papillons. Ce poisson tropical coloré se nourrit entre autres de corail, donc «sa source d’alimentation est en train de diminuer énormément, de façon rapide», explique à l’AFP Sally Keith, biologiste marine à l’Université britannique de Lancaster.

Avec ses collègues, elle ne pouvait savoir qu’un épisode majeur de blanchiment de corail était en gestation quand elle a commencé à étudier ce genre de poisson dans dix-sept récifs des Philippines, d’Indonésie et de l’île australienne Christmas. Quand il est survenu, en 2016, il a fourni «l’occasion parfaite» d’étudier ses conséquences sur le comportement de la faune marine qui dépend de la bonne santé du corail, relève la scientifique.

Compétition accrue

Un an après l’événement, les chercheurs ont été «choqués» par l’état de dévastation des récifs de corail. Les poissons «nageaient autour, à la recherche d’une source de nourriture qui avait complètement disparu». L’épisode de blanchiment avait particulièrement touché le corail Acropora, source alimentaire essentielle pour les poissons-papillons.

Ce qui a «changé la donne dans l’accès aux aliments», en plaçant les différentes espèces de poissonspapillons dans une compétition accrue entre elles pour accéder à d’autres genres de coraux. L’équipe a observé environ 3 700 interactions entre poissons-papillons. Quand l’un d’eux signale à un concurrent qu’un morceau de corail l’intéresse particulièrement, il pointe son nez vers le bas et dresse sa nageoire caudale hérissée de piquants. «C’est un peu comme quand un coq hérisse ses plumes», explique Sally Keith. Et si cela ne suffit pas à dissuader le concurrent, il s’ensuit une poursuite pour chasser l’intrus, parfois sur une longue distance.«J’en ai suivi un sur environ cinquante mètres, ce qui était assez fatigant, car ils sont très rapides», raconte la biologiste.

Quand le corail était encore intact, les différentes espèces de poissons-papillons réglaient leurs différends grâce à des signaux d’avertissement dans environ 28 % des cas. Une proportion tombée à 10 % après le blanchiment, qui s’est traduit par une hausse des «attaques inutiles», selon l’étude publiée dans la revue scientifique Proceedings B de la Royal Society britannique. «Prendre des décisions erronées sur la cible à combattre et dépenser une énergie précieuse dans ces attaques pourrait les faire basculer dans une véritable famine», selon Sally Keith.

Le phénomène pourrait avoir des conséquences sur d’autres espèces, et à des maillons plus élevés de la chaîne alimentaire pour la faune des récifs coralliens. Des modélisations du changement climatique ont établi que même si l’objectif des accords de Paris de maintenir le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius était atteint, 99 % des récifs coralliens du globe ne pourraient pas s’en remettre. Et s’il atteint 2 degrés, ce sera 100 %.

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