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Mare-Chicose: les oubliés

7 décembre 2022, 20:00

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Mare-Chicose: les oubliés

Une odeur pestilentielle agresse les voyageurs qui traversent les villages de Cluny et Mare-Chicose. Pourtant, ce relent nauséeux est le quotidien de ces habitants. Une normalité dont Jankee Mungroo se serait bien passée. Voilà plus d’une trentaine d’années que cette dame de 75 ans y réside. Depuis l’introduction en 1997 du centre d’enfouissement, son train-train journalier a été chamboulé. «Au début de l’incendie, le 22 novembre, on a eu des maux de tête et de gorge. Aujourd’hui, nous allons un peu mieux.» Mais ces derniers jours, aucun test n’a été effectué ni sur elle, ni sa famille. «Des officiers sont passés. Ils nous ont parlé mais c’est tout.»

Son rêve serait de ne plus être sur ces terres qui l’ont aidée à vivre depuis son mariage. «L’État nous a donné un terrain. Mais à mon âge, comment je vais construire une nouvelle maison ?» Sa maison en tôle résiste déjà difficilement au vent et à la pluie. Idem pour Ansuya Bungaraz. «L’argent fait défaut. Sans oublier que les matériaux de construction sont chers. Nous avons vainement tenté d’obtenir une aide des autorités, mais l’on nous a fait comprendre que, vu notre âge avancé, cela est impossible.» Elle sollicite donc l’aide de particuliers qui pourraient l’aider à construire une petite maison sur le terrain donné par l’État.

De son côté, Seetah Poonyth souhaite aller vivre au plus vite loin de Mare-Chicose. «À plusieurs reprises, mon fils, qui fréquente une école de Rose-Belle, s’est retrouvé à la maison car le bus a continué sa route.» Les boutiques n’existent pas non et se procurer du pain le matin est un autre exploit. Par contre, Rantaul Rakhee a presque fini sa nouvelle maison. Toutefois, elle a le cœur gros à l’idée d’abandonner la région. «Je me sens chez moi ici. L’endroit est paisible et nous n’avons pas de problème d’eau courante. À Rose Belle, l’eau se fait rare…»

À Cluny, quatre kilo- mètres plus loin, notre route croise celle de Rajoo Seetapa exaspéré par la situation de son village. «Pendant ces deux semaines, pour aller prendre le pain le matin, je devais porter des lunettes de soleil, tellement mes yeux étaient irrités par la fumée.» Sans oublier que les enfants et les personnes âgées devaient rester à l’intérieur pour éviter des malaises. Mais ce qui l’agace le plus, c’est cette situation perdure. «Hormis l’incendie, tous les jours, vous vous retrouvez confronté à cette odeur de pourriture provenant des camions qui traversent le village

Selon lui, les autorités doivent jouer un rôle plus important dans le quotidien des villageois. «On ne peut pas voir les députés uniquement pendant la période des élections. Ils doivent aussi être sur le terrain et voir ce que nous subissons au quotidien.» À Union Park, une grand-mère confie que ses deux petites-filles ont dû consulter un docteur. «Respirer cette fumée n’est pas bon pour la santé. On espère que les autorités vont découvrir la cause de l’incendie et prendre des mesures…» Leur souhait le plus cher est qu’aucune odeur écœurante ne vienne gâcher cette période de fin d’année…