Lettre ouverte à mes concitoyens: la diplomatie climatique mauricienne mérite d’être plus proactive

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Mes chers compatriotes, je m’adresse à vous pour évoquer l’un des sujets qui me tient à coeur : l’environnement. Nous ne cessons en effet de mesurer l’impact de toutes nos actions sur l’environnement. Comme vous le savez, la COP27 a franchi une étape importante vers la justice climatique après 30 ans de réunion des Nations unies lorsqu’elle a livré, dimanche après-midi, une COP de «mise en oeuvre» qui annonce au monde, en termes de coût climatique, un fond nommé «pertes et dommages». Je me réjouis de vous informer qu’un accord a été trouvé dans les dernières heures de prolongation des négociations à Charm el-Cheikh, en Égypte. C’est certainement un pas en avant, mais la question principale reste entière : combien de temps encore, qui sont ceux qui paieront et qui seront éligibles, tout en prenant en considération que le Climate Fund de USD 85 milliards sera prêt à être déboursé bien avant ? 

Selon le document mauricien présenté dans le sillage de la COP26 qui s’était tenue en 2021 à Glasgow, l’île Maurice avait soumis officiellement un document qui préconise un besoin de U S D 6,5 milliards, dont USD 2,5 milliards pour l’atténuation et USD 4 milliards pour l’adaptation. Je vous parle bien ici d’un total d’environ Rs 280 milliards sur dix ans. Sachez que Maurice avait justement soumis ce document sous ce principe de «pertes et dommages», agréé il y a quelques années auparavant à la COP21. 

Pour Maurice, Rs 180 milliards de cette somme proviendraient des pays dits donneurs et la balance de Rs 100 milliards proviendrait de sources locales. 

Donc, notre pays a besoin de Rs 28 milliards annuellement sur dix ans pour surtout s’adapter à l’élévation de la température due au changement climatique. Dans une période d’interrogations et d’incertitudes comme celle que nous traversons actuellement, nous devons agir. 

«Flash floods» dévastateurs et meurtriers 

Maurice n’est pas un pays comme les autres et nous ressentons déjà les conséquences du bouleversement climatique à travers les flash floods dévastateurs et meurtriers, la destruction progressive des récifs coralliens, la baisse de la pluviométrie annuelle qui affecte la fourniture d’eau et le secteur agricole, sans oublier la montée des eaux qui entraîne l’érosion de nos zones côtières, de nos plages qui, à certains endroits, ont perdu en largeur 20 m. Cette situation risque, hélas, de s’empirer dans un proche avenir et ce sera bien sûr l’attrait touristique de notre pays qui en prendra un sale coup. Pire, la subsistance de certains villages côtiers pourrait être menacée, au risque d’avoir un jour à relocaliser des habitants de certains endroits de l’île ! 

Dans un tel contexte, la somme de Rs 280 milliards que le gouvernement préconise est incontournable. Mais le problème et la question que l’on se pose restent entiers : comment faire pour obtenir ces fonds indispensables dans un contexte où les fonds des pays développés se font de plus en plus rares (surtout après le Covid-19 et la guerre en Ukraine) ? Le Japon, par exemple, l’un de nos donateurs les plus importants, est en ce moment appelé à fournir plus d’aide financière à l’Ukraine. 

Rishi Sunak, qui s’est lui-même félicité dimanche après-midi des progrès réalisés à la COP27, déclare que davantage d’efforts doivent être faits pour lutter contre le changement climatique. N’oublions pas qu’il agissait lui-même à l’époque en tant que Chancellor of the Exchequer et qu’il avait revu la promesse anglaise de 0,7 % du revenu national d’Overseas Aid, à cause du Covid-19. 

La diplomatie climatique mauricienne devient en ce sens extrêmement cruciale car il y va de l’avenir de notre pays. Et comment se porte la démarche mauricienne ? Commençons par le sommet. Il est vrai que le Premier ministre préside un comité chaque année en amont de la COP… mais estce suffisant au vu de l’importance de ce sujet ? Par ailleurs, je trouve regrettable l’absence du Premier ministre à la COP27. À défaut, le président de la République aurait pu faire le déplacement mais il a préféré assister à la 23e conférence internationale des chefs juges en Inde. Pourtant, 110 chefs d’État et de gouvernement se sont réunis à la COP27. 

Qu’en est-il des comités techniques chez nous ? Gérard Bussier, adjoint au secrétaire financier, a pris de l’emploi à Abidjan en tant que directeur exécutif élu pour représenter le groupe d’Afrique australe au conseil d’administration de la Banque africaine de développement. Soit ! Mais y a-t-il eu ne serait-ce qu’un seul comité de coordination pour s’adapter aux conséquences du changement climatique ? Je vous parle bien sûr du comité qu’il présidait, et qui avait pour mandat la préparation des finances requises pour des besoins infrastructurels du pays. 

Crédibles, convaincants et bien ficelés 

Nous tournons en boucle sur les solutions si nécessaires mais si lentes à trouver. Il ne faut plus se leurrer. Sachez que les fonds attendus pourront être déboursés pour le financement des projets si seulement ces derniers sont crédibles, convaincants et bien ficelés selon les normes internationales. Je me demande s’il y a un/e département/unité avec des officiers dédiés qui travaillent sur cette importante démarche car, au fil des années, les officiers ont beaucoup bénéficié en termes de «capacity building», que ce soit localement ou internationalement. Il est temps de mettre toute cette connaissance, acquise au sein de la fonction publique, au service du pays. Il est aussi grand temps que la diplomatie climatique se mette en marche dans l’intérêt supérieur du pays. 

Les diplomates doivent être plus proactifs, en initiant des discussions bilatérales et multilatérales avec les pays qui doivent contribuer financièrement. Des institutions comme le Commonwealth Climate Finance Access Hub, installé à Maurice suivant des démarches entreprises par le Parti travailliste, doit être appelé à jouer un rôle prépondérant à cet effet. Cette institution est présidée par le secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères et le changement fréquent de secrétaire permanent à ce ministère ces temps derniers n’arrange guère les choses. 

Il faut dire qu’en marge de la COP27, un accord promettant de verser USD 20 milliards à l’Indonésie pour abandonner le charbon a été célébré comme l’un des succès concrets du sommet. Pas plus tard que dimanche soir, Emmanuel Macron a déclaré que la France et l’Europe ont réaffirmé leur engagement pour le climat et ont signalé le besoin pour un nouveau pacte financier avec les pays les plus vulnérables. Nos diplomates ont donc le devoir de travailler en vue de ce sommet à Paris avant la prochaine COP, avec nos ambassades et aussi l’Agence française de développement, revenue à Maurice suivant une requête de Navin Ramgoolam dans le sillage du projet Maurice Île Durable. Comme l’a toujours si bien dit Joël de Rosnay avec ce concept Maurice Île Durable : «Si Maurice réussit, le monde peut réussir.» Maurice aurait pu être le pays phare parmi les petits États insulaires en développement.

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