Musique: 20 ans pour Ti Marmit

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Cette dernière photo a été prise le jour du lancement de l’album en 2002.

Cette dernière photo a été prise le jour du lancement de l’album en 2002.

Cette année, la chanson «Ti Marmit» ou plus exactement l’album «16 ti morso nou lanfans», fête ses 20 ans. Cet album produit par l’organisation non gouvernementale Abaim a vu le jour en octobre 2002. Pourquoi cet album est célébré ? Pourquoi est-il spécial ? On t’explique tout cela.

Son histoire 
Si Ti Marmit a 20 ans, il est encore tout jeune. Cette chanson phare, qui fait partie de l’album 16 ti morso nou lanfans, est encore connue et appréciée des enfants. Lors de sa sortie, 16 ti morso nou lanfans contenait 13 comptines, qui ont beaucoup ému les Mauriciens. Ti Marmit a fait danser beaucoup d’enfants dans les cours de récréation. Cet album a vu le jour grâce à Abaim. Au départ, celle-ci était une association qui militait pour les droits des aveugles mais ses membres fondateurs, qui avaient à coeur de lutter contre les injustices sociales et la pauvreté, ont vite compris qu’il fallait se diriger vers les enfants car ce sont les adultes de demain. 

Et si la chance t’est donnée d’avoir une bonne éducation, même si tu viens d’une famille modeste ou d’un quartier défavorisé, tu vas pouvoir t’en sortir dans la vie. Pour ce faire, Abaim a mis en place le projet Saturday Care à Barkly, Beau-Bassin. «Ce projet, qui est né en 1995, avait pour but de mettre en avant le droit des enfants à s’exprimer, à jouer, à être éduqués et à connaître leur culture», explique Marousia Bouvery, responsable du groupe Abaim. Et pour parfaire cette éducation, ils se sont tournés vers la musique. «Nous avons opté pour une chose que les enfants connaissaient déjà et qui les rassemblaient, c’est-à-dire les comptines», souligne Marousia Bouvery. 

Après avoir collecté ces comptines, Abaim et un groupe de musiciens les ont retravaillées en chansons puis ils ont proposé un spectacle avec d’autres enfants des Seychelles. Ce spectacle, qui avait été présenté, à l’époque au Plaza, a connu un grand succès. «C’était la première fois qu’on voyait des enfants sur scène chanter des comptines en créole et leurs parents étaient très émus.» Ce sont les parents des enfants, qui avaient participé au spectacle, qui ont encouragé Abaim à regrouper les chansons en album. C’est ainsi qu’est né 16 ti morso nou lanfans. «Avant même sa sortie officielle, nous avions commencé à vendre des cassettes. Le jour du lancement, soit le 11 octobre 2002, toutes les cassettes avaient été achetées. Il n’en restait plus et nous avons dû faire d’autres copies». À ce jour, 16 ti morso nou lanfans fait partie des records de vente d’albums du pays avec 40 000 cassettes et 10 000 CD de vendus. L’album a également reçu le Prime Minister’s Unity Award en 2003. 

Plus qu’un album 
16 ti morso nou lanfans est plus qu’un album car il a mis en lumière plusieurs facteurs, à savoir la richesse qui se trouve même dans les endroits dits défavorisés, la beauté de la langue créole et ses possibilités et le patrimoine que représentent ces comptines, qui jusque-là, étaient transmises oralement. Cet album est vite devenu un phénomène social, qui a conduit Abaim à rencontrer des pédagogues et à être reconnu par l’Unesco, organisme international, qui prône la sauvegarde du patrimoine. «Cet anniversaire est historique. Quand nous avons constitué Abaim en 1982, nous avons souhaité faire une différence dans la vie des gens. Depuis 40 ans, ce souhait est toujours présent. Nous avons fait des différences dans la vie des personnes vulnérables comme dans celle des aveugles au départ. Quand nous avons décidé de travailler avec les enfants, cela a été un tournant pour Abaim. Nous avons adopté les mêmes principes, c’est-à-dire militer pour les droits des individus, et par conséquent, des enfants. À l’époque, les enfants étaient soumis à une pression terrible en milieu scolaire. Ils n’avaient pas le temps de jouer, par exemple. Il était nécessaire de leur ouvrir des espaces, qui leur appartenaient déjà mais que la société avait confisqués. Nous avons réparé cela. Et aujourd’hui, nous saluons la contribution des enfants, qui ont fait partie d’Abaim et qui sont présents sur l’album. Ils ont quitté des traces pour que d’autres enfants puissent apprendre et avancer», fait ressortir Alain Muneean, un des membres fondateurs d’Abaim.

Ti Marmit aujourd’hui 
Les enfants qui ont participé à l’album 16 ti morso nou lanfans et qu’on appelle affectueusement les Ti Marmit, sont aujourd’hui devenus des adultes. Estelle et Aurélie en faisaient partie. Le jour des célébrations qui ont eu lieu au centre d’Abaim à Beau-Bassin, le jeudi 27 octobre, elles ont raconté, à travers une vidéo, comment cette aventure a changé leur vie et comment elles souhaitent que d’autres enfants puissent faire la même expérience. Le projet Saturday Care étant un succès, un Sunday Care a vu le jour à Grand- Baie et au Morne. 

Le collectage des chansons auprès des enfants continue, Abaim dispose ainsi d’un nouveau répertoire, qui n’a pas encore vu le jour. «Nous continuons notre lutte pour la reconnaissance de la langue créole dans le système éducatif. Rappelons que depuis 1958, l’Unesco recommande à ce que la langue maternelle soit un médium d’enseignement. Aujourd’hui, le créole fait partie de notre système éducatif et Abaim et les Ti Marmit ont contribué à cela. Nous avons démontré à quel point ce que nous appelons la culture pour le développement peut aider un enfant à grandir et à devenir un enfant responsable», a souligné Alain Muneean.

20 ans célébrés dignement 
Pour célébrer ces 20 ans en grande pompe, Abaim a réuni les anciens Ti Marmit autour d’une belle fête au centre de l’organisation à Beau-Bassin. Chansons, feu de camp, gâteaux, tout y était pour marquer d’une pierre blanche cet anniversaire. Et pour le célébrer avec tous les Mauriciens, Abaim a décidé de faire un appel aux artistes de tous bords, d’ici et d’ailleurs, pour qu’ils reprennent les 13 comptines de 16 ti morso nou lanfans à leur manière. Ceci afin de continuer à faire vivre cette expérience et à l’enrichir en ligne avec l’Unesco, qui recommande que le patrimoine intangible continue de vivre. Avant même que l’appel ne soit officiellement lancé le 27 octobre, certains artistes avaient déjà répondu présents. Ils sont, entre autres, Baster de La Réunion, Big Frankii de Maurice et Orkes Gospel Tana de Madagascar. La galerie Imaaya à Phoenix organisera également une exposition. Les artistes ont jusqu’à mars de l’année prochaine pour faire parvenir leurs maquettes, illustrations ou encore sketchs à Abaim. Et toi, tu penses quoi de Ti Marmit maintenant que tu connais son histoire ?

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