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L’engagisme est à considérer comme un mouvement économique et social général présent dans les pays et les colonies à économie capitaliste en plein essor au 19e siècle. Le monde ouvrier était un univers très difficile où les conditions de travail et de vie étaient inimaginables comparées à celles d’un ouvrier d’un pays riche aujourd’hui. Les travailleurs engagés étaient, comme leur nom l’indique, des travailleurs qu’on engageait (et qui s’engageaient) à travailler très loin de chez eux. Ces Indiens, Malgaches, Comoriens, Indonésiens, Chinois et Africains (et d’autres encore) qui quittaient leur terre pour aller loin, voire très loin de chez eux pour travailler, ont participé, par leur migration, à un des grands événements socio-économiques du 19e siècle dans le monde. Tant de sueur et de sang versés, tant de sacrifices effectués tout au long de ces décennies pour un avenir meilleur, telle est l’histoire de ces femmes et de ces hommes qui ont contribué à la construction de Maurice, ainsi que des États-Unis, du Brésil, de l’Argentine, de l’Afrique du Sud et bien d’autres pays encore.

Les concurrences des mémoires ont toujours un côté malsain, que ce soit ici ou ailleurs. Ici, certains disent que l’esclavage et l’engagisme, c’était la même chose. D’autres défendent l’idée que les statuts des uns et des autres, ainsi que les peines endurées n’étaient pas les mêmes. Et les deux ont sans doute raison. D’abord, les esclaves n’étaient pas libres, ils étaient soumis aux maîtres et colons européens, pouvant être achetés et vendus selon les désirs des maîtres, ayant un statut de biens mobiliers, étant traités de manière inhumaine et souvent perçus comme des animaux, ou proche de ces derniers. Ensuite, les engagés, pour la plupart, vivaient dans des conditions similaires que celles des ouvriers européens, ou peut-être même pires, étant donné que dans les îles et les pays où sévissait le colonialisme, les sociétés s’étaient construites autour de l’esclavage et du système profondément inégalitaire qui le caractérisait. Diviser pour mieux régner, ne cesse-t-on de répéter à l’envi. Mais n’est-ce pas le propre du pouvoir politique et économique d’agir ainsi ? Des logiques et des pratiques de pouvoir se mettent en place pour que les colons et les administrateurs, d’abord français, et ensuite anglais, puissent régner sur les colonies et maintenir un pouvoir essentiellement déshumanisant.

De très nombreux historiens mauriciens ont étudié l’histoire durant plus de 150 ans en fonction de leur appartenance communale en se concentrant, ainsi, uniquement sur une communauté (histoire des hindous, des musulmans, des chrétiens, des créoles, des chinois, etc.). Toutefois l’histoire de Maurice intègre toutes les composantes de la population, et aussi et surtout les dominants contre ceux ayant été dominés durant longtemps.

Libre arbitre contre servitude. Les travailleurs engagés avaient choisi de venir travailler sous contrat de leur propre chef (ils étaient donc libres), alors que les Africains (et d’autres populations ayant subi le même sort) étaient embarqués et esclavagés de force. Il est vrai que la différence est énorme, et que donc les conditions des esclaves n’étaient pas les mêmes que celles de engagés. Mais les travailleurs sous contrat ont subi aussi des conditions inhumaines de travail et de vie, comme ce que subissaient les prolétaires de tous les pays où on en trouvait.

Pour exemple, en France, une loi sortira le 22 mars 1841 interdisant aux enfants de moins de huit ans de travailler. Au-dessus, c’est autorisé, mais la loi ajoute que de huit ans à 12 ans, un enfant ne doit pas travailler plus de huit heures par jour. Il peut donc travailler 48 heures par semaine. Réalité de l’époque, horreurs aujourd’hui. Mais dans beaucoup d’endroits du monde, on peut observer toujours ces conditions de travail. Et certains travailleurs sous contrat à Maurice connaissent, aujourd’hui, des conditions presqu’identiques.

Cette concurrence des mémoires, cultivées plus par certains intellectuels (rejoints par des politiciens qui y voient leur intérêt) que par la population, repose sur des pratiques de pouvoir toujours régentées par le communalisme, le castéisme et l’ethnicité. Ce sont les enjeux et les problématiques contemporains qui, si l’on peut dire, empoisonnent la recherche historique. N’oublions pas que de très nombreux historiens mauriciens ont étudié l’histoire durant plus de 150 ans en fonction de leur appartenance communale en se concentrant, ainsi, uniquement sur une communauté (histoire des hindous, des musulmans, des chrétiens, des Créoles, des Chinois, etc.).

Toutefois l’histoire de Maurice intègre toutes les composantes de la population, et aussi et surtout les dominants contre ceux ayant été dominés durant longtemps. Loin de nous de prôner à la suite de cela une histoire nationale, car, là aussi, pour les pays qui en ont érigé une, le mythe de la nation prend parfois le dessus sur l’histoire des parties et des interactions entre différents groupes de la population. On peut donc dire ni mauricianisme, ni communalisme, mais l’histoire de Maurice et de ses divers peuplements.

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