[Dossier] Petites et moyennes entreprises: Un énorme potentiel malgré les nombreux défis

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Véritable tour de magie auquel les autorités doivent se livrer pour sauver la peau des PME. Ce secteur au potentiel énorme de création d’emplois et de sources de production et services diversifiés a besoin de soutien dans un contexte où abondent des défis stressants – l’obligation de conjuguer avec les effets du conflit russo-ukrainien, la hausse du taux directeur inévitable qui gonfle le fardeau du remboursement de la dette, la tendance inflationniste et l’obligation de payer un meilleur salaire pour compenser la perte du pouvoir d’achat. Des autorités et des acteurs du secteur qui refusent de baisser les bras partagent leurs soucis et leurs espoirs…

Soomilduth Bholah, ministre du développement industriel

«Valoriser et mettre en évidence ce que font les PME»

LE 27 septembre, dans le cadre du lancement du répertoire numérique (SME E-Directory) par la SME Registration Unit, le ministre du Développement industriel, des PME et des Coopératives, Soomilduth Bholah, a dévoilé toute une batterie de mesures visant à donner un nouveau souffle au secteur des PME, dont la vulnérabilité a été exacerbée par la pandémie de Covid-19, suivie du conflit russo-ukrainien. Avec la mise en opération du répertoire numérique, les acteurs du secteur des PME ont désormais la possibilité d’entrer de plainpied dans le monde technologique qui apporte dans son sillage les outils devant leur permettre de s’appuyer sur le potentiel d’innovation des technologies nouvelles pour faire face à ces défis.

«Le principal objectif de cette initiative, dit le mi- nistre, consiste à promouvoir les produits et services offerts. Il s’agit d’un outil indispensable pour valoriser et mettre en évidence ce que font les PME. C’est également une importante étape que le secteur public s’offre pour la transformation et l’innovation. Avec l’Internet, les PME disposent de l’outil le plus puissant pour réaliser leur marketing. Impossible qu’avec cet outil les PME ne parviennent pas à rehausser leur niveau de visibilité sur le segment du marché où elles évoluent. Le portail que nous mettons à la disposition du public aujourd’hui est une excellente plateforme pour privilégier les PME dans la recherche d’un produit ou d’un service par un client.»

Avec le lancement de ce répertoire numérique, c’est l’incitation explicite offerte aux responsables des PME de chercher à résoudre leurs nombreux problèmes, des solutions dans les technologies innovantes qui ont su assurer, entre autres, la continuité des services alors que la pandémie battait son plein. Parmi les cinq plans d’aide imaginés pour permettre aux PME de s’armer pour mieux affronter les défis du moment, figure en bonne position le Technology and Innovation Scheme destiné, comme son nom l’indique, à les aider à trouver dans les technologies innovantes la solution aux nombreux problèmes auxquels elles sont confrontées. Les autres plans d’aide sont notamment, le Business Transformation Scheme pour aider celles qui estiment qu’il est temps de revoir leur modèle d’entreprise ; le Gree- ning Support Scheme, une plateforme où les intéressées peuvent transformer leur mode opératoire selon les exigences du développement durable ; ou en- core l’Agri-Business Scheme qui vise à permettre aux PME désireuses de s’adon- ner à un mode de culture écologique de réaliser leurs ambitions.

Jennifer Webb de Comarmond, présidente du sous-comité PME de Business Mauritius

«Faire preuve d’innovation, de persévérance et d’agilité»

Les PME, dit Jennifer Webb de Comarmond, ressentent plus fortement l’impact du climat économique que les entreprises plus importantes qui peuvent s’en sortir. «Face aux défis actuels – le manque de ressources humaines, la hausse du fret et des produits importés et le surendettement causé par la crise –, les PME sont plus vulnérables.Certes, nous avons vu émerger beaucoup de facilités pour encourager l’entrepreneuriat notamment des prêts,desincubateurs, le programme du Mauritius Research and Innovation Council, entre autres. Mais malgré ces soutiens, lancer son entreprise dans l’environnement actuel reste un véritable défi.L’écosystème de l’entrepreneur en 2022 se transforme. Il faudra, plus que jamais, faire preuve d’innovation, de persévérance et d’agilité pour réussir.»

Pour la présidente du souscomité PME de Business Mauritius, «les entreprises bien implantées, locales ou internationales, ont un rôle majeur à jouer pour soutenir les PME. Elles peuvent les inclure dans leur liste de fournisseurs tant de produits que de services, leur donner le coup de pouce nécessaire pour se mettre à niveau et être plus compétitives, ou encore se fixer l’objectif d’être SME-inclusive». Elle se dit convaincue que les PME locales s’en sortiront si les grandes entreprises leur font confiance. «Ce sont autant de familles mauriciennes que l’on aide lorsqu’on aide ces petits employeurs.»

Le secteur des services constitue une réelle opportunité pour les PME, ajoutet-elle. «Elles seront de plus en plus nombreuses. Il faut encourager cette expertise qui s’installe, les laisser s’épanouir en les soutenant. À côté des solutions de financement proposées aux PME, on peut en imaginer d’autres. On parle aujourd’hui d’angel investors, de coopétition – partenariat avec des concurrents – pour être plus forts ensemble. Des situations uniques qui appellent des stratégies innovantes!»

Sunil Designers co ltd, PME

«la hausse du prix des matières premières, un souci permanent»

La guerre entre la Russie et l’Ukraine et la situation économique mondiale en font voir de toutes les couleurs aux PME. Un exemple est cette PME située à Lallmatie. Gérée par les Sohorye père et fils, elle est spécialisée dans la conception et la fabrication de vêtements et de prêt-àporter. «Ce qui nous fait le plus mal», souligne le père, Anil, «c’est la vitesse à laquelle le prix des matières premières a augmenté. Et on me fait croire que c’est en raison du fret. En l’espace d’un temps record, le mètre du tissu que nous avons l’habitude d’utiliser est passé de Rs 75 à Rs 90.»

Devant cette hausse in- contrôlée, l’entrepreneur a préféré se rendre en Inde pour s’approvisionner. C’est là qu’il s’est rendu compte que les importateurs jouent un rôle conséquent dans la hausse des prix même s’il faut tenir compte de la hausse du coût du fret, vu l’impact du conflit russo-ukrainien sur le commerce international. Le prêt-à-porter, ajoute son fils Ashwin, ne fait pas exception dans cette situation. «Le prix monte à tel point», explique-t-il, «qu’il est parfois plus profitable de s’approvisionner en Inde où le même produit se vend bien moins cher.»

Et lorsque des producteurs préfèrent acheter sur le marché international, les opportunités de créer de nouveaux emplois, comme c’est le cas pour leur PME, s’effacent. Pour Sunil Sohorye, la hausse continue du prix des matières premières représente un véritable coup de massue sur le porte-monnaie d’acheteurs potentiels de leurs produits. «La survie du segment repose sur le pouvoir d’achat des hôtels qui font partie de notre liste de clients. Non seulement ils ont une véritable capacité d’achat mais la signature du contrat bien avant la livraison nous permet de ne pas trop nous faire du souci pour les produits que les hôtels ont commandés. Si, pour une raison ou une autre, nous sommes privés de leur apport commercial, nous ne pourrons pas tenir le coup face à la montée des prix des matières premières.»

Sur la liste de facteurs susceptibles de freiner cette PME dans son évolution, figure un autre phénomène : le rôle des intermédiaires. Selon Ashwin Sohorye, si les autorités n’ouvrent pas les yeux sur les dangers de ce phénomène, cela pourrait coûter cher à des PME qui verront, petit à petit, disparaître les possi- bilités de croissance repérées. «Il n’est pas dans mes intentions, explique-t-il, de venir dire que les intermédiaires n’ont pas leur rôle à jouer auprès des PME. Cependant si on ne met pas un frein à certains comportements, cela pourrait coûter cher au pays. Certains vont jusqu’à se faire passer pour des fabricants. Ils prennent des produits chez de vrais fabricants, les utilisent dans une campagne de marketing et imposent la marge de profit qu’ils estiment pouvoir obtenir. Le résultat est parfois catastrophique : le prix auquel le produit est offert à l’acheteur devient exorbitant. Finalement, au lieu de s’approvisionner ici, ces acheteurs qui viennent souvent du continent africain préfèrent se rendre en Inde, par exemple. Une telle attitude constitue un danger pour l’évolution et la croissance de ces PME qui ont trouvé un créneau de croissance à leur portée.»

«On parle aujourd’hui d’‘angel investors’, de coopétition – partenariat avec des concurrents – pour être plus forts ensemble…»

Ravin Rampersad, «chief executive officer» de SME Mauritius

«S’habituer à une normalité relative et continuer à se battre»

Il ne s’agit plus d’évoquer l’impact de la pandémie sur les opérations des PME comme un phénomène passager car il s’agit d’apprendre à vivre avec. Tel est le constat du Chief Executive Officer (CEO) de Business Mauritius, Ravin Rampersand. «L’impact continu de la pandémie se fera sentir pendant encore un bout de temps à moins que des facteurs autres, surtout de nature géopolitique, ne viennent se greffer sur une situation visiblement très dynamique où tout semblant de répit n’est que temporaire. Nous devrons donc, nous habituer à une normalité relative, vu la complexité de la situation ; et continuer à nous battre, comme c’est le cas dans le secteur du tourisme, par exemple, où déjà les signes sont prometteurs.»

Ravin Rampersad estime que les PME doivent se donner le temps pour se remodeler et se recadrer. «Les nouveaux plans d’aide que SME Mauritius vient de lancer mettent beaucoup d’accent sur des éléments tels que la restructuration, la digitalisation ou l’adoption accrue de la technologie. C’est sans doute la démarche la plus appropriée pour permettre aux opérateurs de ce secteur d’absorber en partie l’augmentation des coûts et d’améliorer la consistance, la qualité et le service. L’objectif de nos plans d’aide et de soutien en particulier le Business Transformation Scheme et notre Market Readiness Scheme visent à développer une certaine forme de résilience qui permettra à ces PME d’affronter les défis qui les attendent avec plus de confiance et d’être prêts pour toute forme de relance qui peut se manifester à l’avenir.»


 

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