Tourisme: les formateurs s’activent pour de nouvelles stratégies de recrutement

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Beaucoup de jeunes délaissent les formations en tourisme, surtout depuis le Covid-19 et le confinement, qui ont fragilisé l’industrie.

Beaucoup de jeunes délaissent les formations en tourisme, surtout depuis le Covid-19 et le confinement, qui ont fragilisé l’industrie.

Pour marquer la Journée mondiale du Tourisme le 27 septembre, le Mauritius Institute of Training and Development-École hôtelière sir Gaëtan Duval a organisé un atelier de travail sur l’urgence de repenser le tourisme. À l’ère du désintéressement des jeunes pour cette filière, leur migration pour de meilleures perspectives d’emploi et des demandes d’opérateurs pour recruter des étrangers, quelles en sont les retombées ? Et les stratégies qui s’imposent ?

Attirer, former et retenir les effectifs dans l’industrie touristique : tel était l’objectif de l’atelier de travail organisé par le Mauritius Institute of Training and Development (MITD)- École hôtelière sir Gaëtan Duval, marquant la Journée mondiale du Tourisme cette année, à l’hôtel Hennessy Park, à Ébène. Le 27 septembre, les discussions entre gestionnaires, formateurs et autres partenaires des secteurs public et privé étaient focalisées sur le besoin de repenser cette filière, fragilisée suivant la pandémie et le confinement. En dépit de la réouverture des frontières et des hôtels, le secteur peine à trouver preneur au niveau des postes à pourvoir.

Un épineux problème étayé en long et en large lors des échanges. S’ajoute le manque d’intérêt des jeunes Mauriciens pour des formations spécialisées dans cette industrie. Par ricochet, les opérateurs ont formulé des demandes aux autorités pour recruter de la main-d’œuvre étrangère. Une requête qui divise. Face à ces obstacles, le secteur ne cesse d’avoir du plomb dans l’aile. D’où l’urgence de développer des mesures correctives. Lesquelles ?

«À l’issue des échanges mardi dernier, l’équipe de l’École hôtelière établira les recommandations. Nous avons suggéré qu’elles soient transmises aux responsables de l’industrie. Je pense qu’il faut que le gouvernement joue un rôle important, ceci implique le ministère du Tourisme et celui de l’Éducation», déclare Renaud Azema, General Manager de Vatel Maurice, un des participants des panels de discussion.

Le modérateur de l’atelier de travail soumettra un rapport détaillé. Les recommandations seront aussi diffusées au sein des autorités et partenaires de l’industrie. Quelles sont-elles ? «Avant d’attirer ceux qui n’ont pas encore intégré le secteur, nous allons prendre des mesures pour suivre davantage nos apprentis sur leur lieu de travail et les hôteliers et responsables de ressources humaines afin de diminuer les risques d’abandon de leur formation. On doit sauver les jeunes et les garder dans le secteur, indépendamment de leur spécialisation», avance Karmaraj Nossib, Acting Training Centre Manager de l’École hôtelière. En prévision de la prochaine inscription, l’établissement mettra les bouchées doubles pour limiter le nombre de «drop-outs». Une autre stratégie est d’organiser des campagnes de recrutement plus ciblées pour attirer plus de jeunes.

Embauche des étrangers

Optimiste, il observe que Maurice est sur la bonne voie pour atteindre les chiffres des arrivées touristiques de 2019. Néanmoins, la perte d’intérêt des jeunes pour le tourisme, vulnérabilisé durant la pandémie, contrairement au secteur financier qui a pu tenir le coup, est sans équivoque. «Les motivations salariales et conditions de travail constituent d’autres facteurs entravant que les hôteliers peuvent tâcher d’améliorer. Toutefois, le coût sera considérable car si l’on augmente le salaire des jeunes futures recrues, il faudra réajuster celui du personnel déjà en service.» Quant à l’embauche des étrangers à défaut de jeunes Mauriciens, cette option demeure complexe selon lui. Car, contrairement au textile, produit localement et exporté, il est plus difficile d’appliquer cette même spécificité de main-d’œuvre au tourisme.

La problématique, avance Renaud Azema, est attribuable au manque d’étudiants dans les écoles de formation et celui des employés d’établissements touristiques. Pour lui, les causes sont économiques et d’autres liées au manque d’orientation claire sur les possibilités de carrière dans ce domaine auprès des jeunes Mauriciens. Des lacunes sont également perceptibles en termes de communication et de valorisation des métiers.

Peinant à trouver de la maind’œuvre locale, un plaidoyer des opérateurs pour recourir aux travailleurs étrangers pour pourvoir les postes est récurrent. Une demande confirmée par le ministre Soodesh Callichurn, qui procédait à l’ouverture de l’atelier de travail mardi. Sur cette question, les acteurs de l’industrie et de la société civile ne s’accordent pas

. «Le tourisme est, par nature, sujet à une mixité de nationalités. Comme je l’ai rappelé à l’atelier de travail, des destinations comme les Seychelles, les Maldives, Dubaï ou même la France, disposent d’employés touristiques, originaires de divers coins du monde. On a besoin d’une maind’œuvre étrangère et, en même temps, on ne peut se retrancher derrière cette solution pour dire qu’on n’a pas assez de Mauriciens. Si on a trop d’employés internationaux, on va perdre l’atout touristique majeur – l’accueil et le charme mauriciens – qui ne doit pas disparaître. C’est un équilibre qu’il faut trouver», précise le responsable de Vatel Maurice.

Si l’on a recours aux étrangers, il faut parallèlement d’abord agir à l’interne pour convaincre les Mauriciens d’intégrer la restauration, l’hôtellerie, le transport, les agences de voyages, etc. Pour Renaud Azema, il peut y avoir des possibilités de carrière et de progression pour des personnes peu qualifiées au départ. «Il faut regarder la réalité en face. On a aujourd’hui de moins en moins de gens qui arrivent à l’université ainsi qu’une population décroissante. Évidemment, peu d’entre eux seront séduits par le tourisme. Il faudra y pallier.»

Comment ? Le tourisme doit évoluer et devenir un passage pour les effectifs. Pourquoi ne pas amener les gens en matière de croissance professionnelle en leur disant qu’il existe une panoplie de métiers qu’ils peuvent exercer en début de carrière ? Cela peut les mettre sur les rails de cette progression vers des postes à responsabilité ou à rester dans l’opérationnel du secteur. «Mais ce n’est pas une fatalité de rester serveur, valet ou cuisinier dans une société qui valorise essentiellement des métiers à col blanc, ce qu’il faut changer», précise Renaud Azema.

Amendements à venir

Pour sa part, Soodesh Callichurn a exhorté à revoir les conditions de travail dans l’industrie touristique. «Certains hôteliers accordent des ‘‘incentives’’ aux employés. Je suis conscient que ces établissements parviennent à retenir leurs effectifs. D’autres prestataires peuvent leur emboîter le pas. L’État travaille actuellement sur des mesures d’amendements à venir sur des Remuneration orders pour revoir certaines conditions dans les secteurs sujets à des pénuries de main-d’œuvre, dont l’hôtellerie», a déclaré le ministre du Travail.

Le plus important, a-t-il rétorqué, est de retenir la maind’œuvre locale. Des formations gratuites, une augmentation du «stipend» pour les apprenants qui est passé de Rs 6 000 à Rs 8 000 et la prime à l’emploi sont citées par ce dernier comme mesures visant à pallier le manque d’effectifs locaux sur le marché.

De 2019 jusqu’à présent, 4 500 jeunes ont été formés par l’École hôtelière, ce qui indique leur disponibilité dans le monde du travail. «Je ne m’oppose pas totalement au recrutement des travailleurs étrangers. Cependant, c’est un moment pour réfléchir et explorer toutes les possibilités pour recruter des Mauriciens. Si malgré tous nos efforts, le problème perdure, il faudra s’ouvrir à l’autre option», a déclaré Soodesh Callichurn.

Jocelyn Kwok, Chief Executive Officer de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice, un des intervenants du workshop, renchérit sur les entraves actuelles de l’industrie touristique, en particulier le recrutement local. «Avec la reprise, la situation est difficile en termes de main-d’œuvre. Sans service, le sourire mauricien ne pourra rien faire. L’industrie a perdu plus de 4 000 emplois durant ces deux années de crise. Avec la haute saison qui s’annonce dès la semaine prochaine, il faut combler les lacunes.»

Ce déficit est une préoccupation majeure pour les hôteliers qui auront du mal à assurer l’excellence du service et l’objectif d’un million de touristes. Il appelle à trouver ensemble des solutions pour résoudre les problèmes immédiats mais aussi des stratégies à moyen et long termes. «D’emblée, l’industrie doit pouvoir accueillir un certain nombre de travailleurs étrangers pour pallier un besoin urgent de main-d’œuvre. Cette demande s’est faite dans un cadre précis. Par exemple, l’hôtellerie peut recruter entre 1 500 et 2 000 personnes sur une base contractuelle de 3 à 4 ans. En même temps, il faut enclencher un plan de réforme au niveau des ressources humaines», suggère Jocelyn Kwok.

Quant à Daniel Saramandif, président de l’Association des professionnels du tourisme, il milite pour la création d’un Tourism Council afin que les acteurs du secteur y siègent et prennent des décisions communes en termes de formation entre autres enjeux touristiques. «Depuis les 15 dernières années, les choses ont changé dans le tourisme. Auparavant, les Mauriciens travaillaient sur le tas. Désormais, la plupart des jeunes sont formés. Avec des diplômes, les salaires ne sont pas les mêmes. Puis, avec ces certifications, les gens peuvent aller travailler dans le monde.» Il appelle à considérer ces impératifs pour motiver la main-d’œuvre locale.

Par ailleurs, à noter que dans un communiqué émis le 27 septembre, le groupe Zenes Militan du Mouvement militant mauricien affirme avoir pris note des demandes d’autorisations pour embaucher du personnel étranger pour l’hôtellerie. «Nou pozision dan Zenes Militan se NON! Solision-la se pa travayer etranze… Li indéniab ki éna enn problem mank travayer dan sekter lotelri. Sa problem-la finn vinn pli inportan swit a vag Covid ki lemond finn traverse. Nou, dan Zenes Militan, nou pansé ki rasinn problem-la vinn plis dépi enn mismatch ant latant ki ban travayer, sirtou zénes, éna dé zot kondision travay ek propozision ki bann anployer pé kapav fer azordi», écrivent les membres du groupe.

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