Désiré François: «Le Cassiya de l’époque était gravé dans mon destin»

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Désiré François, chanteur du groupe Cassiya

Désiré François, chanteur du groupe Cassiya

Jamais Désiré François n’a parlé de Cassiya – la constitution du groupe, le cheminement, la cassure – avec autant de simplicité et de lucidité. Le week-end prochain, il célèbrera avec son public, les 30 ans de carrière de «Désiré François et Cassiya». Plutôt bavard, voire taquine, l’un des plus illustres chanteurs que le pays ait produit, revient sur ces trois décennies et jette un œil critique sur la société. En riant à gorge déployée, sans prêcher la morale, il aborde à sa manière le mauricianisme, les inégalités sociales, la société violente. À 59 ans, Désiré François reste une rafraîchissante mélodie…

Vous êtes encore en studio ! Vous n’avez pas envie de vous reposer ?
Du tout. J’adore ça. Peu importe la situation dans laquelle je me trouve, le studio, c’est comme un médicament. Travailler, enregistrer, trap enn lagitar, c’est comme ça que je me sens bien.

Vous avez enregistré combien d’albums ? J’ai essayé de m’y retrouver mais c’est compliqué.
Zamé monn reisi koné. C’est vrai, je vous le jure. Avec le Cassiya de l’époque, il devrait y avoir cinq ou six. Donc déjà là, on est mal parti pour compter. Ensuite après la cassure du groupe, j’ai continué à en enregistrer. J’enregistre sans compter. Ajoutez-y les singles. Pire, je vous avoue que des fois je me perds dans les titres de mes chansons. Parce que j’écris, je travaille, j’enregistre. Ce n’est qu’après que je donne un titre au morceau. Du coup, je les oublie. Je connais la chanson, mais le titre tel qu’il a paru sur la pochette de l’album m’échappe. (Gros éclat de rires). Mais ne vous en faites pas, je vais m’asseoir pour faire le compte et un jour, je vous répondrai exactement sur le nombre d’albums et de singles que j’ai sortis.

30 ans de carrière, au moins vous êtes sûr de ce chiffre ?
Vous n’allez pas me croire. J’ai toujours cru que Star Show (NdlR : télécrochet de la MBC qui le révéla au grand public) était en 1992. Mais quelqu’un m’a fait remarquer que c’était en 1993. Mais oui, cela fait 30 ans, parce que j’ai commencé un peu avant Star Show. Le premier album de Cassiya, par exemple, nous avions déjà écrit les chansons, composé les mélodies, avant Star Show.

Nous, c’est Cassiya ?
Non. Mon cousin Dominique Isidore, Alain Lafleur, et Eddy Armel. C’est nous quatre qui avions composé les chansons. Puis il a fallu trouver des musiciens pour les jouer. Nous brûlions d’envie de faire sortir ces titres. Et là, Alain Ramanisum nous rejoint. Li ti ankor pé al lékol. Nou finn aprann ansam. Puis, il a fallu trouver un administrateur. Nous ne savions rien de l’administration d’un groupe de musique.

Inn ler pou aret déklar kominoté dan politik. Nou tou morisien, non ?

Justement ouvrons cette parenthèse. Certains artistes sont leur propre manager. C’est faisable ?
Non non non. Un artiste doit juste faire sa musique. Il doit déléguer le management. Surtout si c’est un artiste qui commence à devenir populaire, il n’a pas le choix. Vous savez… (il prend le temps d’une longue réflexion)… je ne me vois pas «directeur». Autrefois on me disait «directeur de Cassiya» ; nous étions trois directeurs. Mais je ne voyais jamais «directeur». Mwa mo abitié ar mo lagitar lor bor lamer, ki mo pou al koné ar ki papié, ki bizin négosié tousala. (Rires). Le chanteur ne doit faire que trois choses : composer, chanter, et aimer les gens. Il faut aller vers eux. Si vos chansons sont déconnectées des gens, ça ne fait aucun sens.

La parenthèse est fermée. Retournons à la genèse de Cassiya…
Oui, je vous disais, Alain Ramanisum, Gérard Louis, Sylvio Ravina. Ces gens-là sont des bénédictions. Ce sont des pièces d’un même puzzle qui se sont rassemblés pour le 1er album «Séparation» et faire naître Cassiya.

C’est le destin ? Vous y croyez, vous, au destin ?
De moi-même, je n’aurais jamais imaginé aller chercher ces musiciens. C’est venu comme ça. Et, dans ce contexte-là, je n’aime pas trop ce mot «musicien». Parce que ce sont des hommes avant tout. Des hommes avec leur personnalité, leur caractère, leur talent, leur façon de penser. Vous comprenez ce que je vous dis ? Des musiciens, on peut en trouver. Mais pour le projet Cassiya, il fallait que ce soit ceux-là ; ces personnages-là. Vous me faites réfléchir, oui, c’est le destin. J’insiste sur le talent de chacun. On a tous offert notre talent à Cassiya. C’est extraordinaire. Aujourd’hui, on n’est peut-être plus ensemble ; l’arrangement de Cassiya, c’est Gérard Louis. Le pianiste, c’est Alain Ramanisum. Le bassiste, c’est Alain Lafleur. Chacun a fait sa carrière loin de Cassiya et on en avait le droit. Mais l’histoire est écrite. On ne peut pas effacer ces noms de Cassiya.

Vous en parlez avec tellement de nostalgie, mais vous vous êtes quand même retrouvé et fait quelques scènes plutôt récemment ?
La dernière fois, je crois, c’était pour les 25 ans de Cassiya. Moi de mon côté, j’ai de temps en temps confié à Gérard Louis des arrangements musicaux. Puis, il y a eu un album même après qu’on s’est séparé. Ensuite, j’ai essayé de rassembler la bande sur la scène. Mais il faut être honnête : nou inn perdi sa.

Prenez le portable de votre enfant et donnez-lui un instrument de musique

Vous avez perdu quoi ?
La connexion. Parce que chacun a fait sa route. Ce n’est pas un constat d’échec, hein. Que ce soit clair ! Je ne veux pas que quiconque le prenne mal. Quand on se retrouve sur scène désormais, nou tou direkter, nou tou kapitenn la. (Rires). Je le ressens sur scène. La musique joue telle qu’à l’époque. Mé éna enn zafer ki manké. Enn zafer ki ti éna o débi mé ki pa la.

C’est triste ?
Oh Non ! Absolument pas. C’est positif. Cela veut dire que nous avons tous réussi de notre côté. Ce n’est pas renier son histoire. C’est juste que chacun a franchi des paliers qui ne nous permettent pas de recommencer l’histoire. Je vous l’ai dit, l’histoire est ce qu’elle est. Je suis fier de Gérard Louis, Alain Ramanisum, Alain Lafleur. Ils ont tous avancé. Nou pa ti éna narien nou. Moi j’étais maçon-ferrailleur ; Gérard Louis était garnisseur, et il jouait dans les hôtels avec Windblows. Alain Ramanisum aussi. Puis on a fait ce qu’on a fait. Je le dis en toute humilité : on a marqué les gens.

Au final, vous avez pu vivre de la musique. Si le destin n’avait pas conspiré pour ça, qu’auriez-vous fait pour gagner votre vie ?
Ferrailleur, ou maçon, ou pêcheur. Prémié zafer mo ti fer mo ti lapes. C’est mon père qui m’a appris à pêcher. L’école coûtait trop cher. Fami pann kapav avoy nou lekol. Abé bizin trasé. Tu es lâché en pleine nature et c’est à toi de te démerder. J’ai pêché. J’ai fait des petits boulots à côté de la maçonnerie, transporter les matériaux, et j’ai appris le métier de ferrailleur qui consiste à l’attache et la pose de barres de fer pour la construction.

Les parcours d’Alain Ramanisum, Gérard Louis, Alain Lafleur me rendent heureux et fier.

Vous pouvez toujours le faire ?
(D’un ton assuré). Oui ! Enfin, physiquement plus maintenant. C’est encore là (il touche sa tempe de son index). 

C’est quand la dernière fois que vous avez attaché des barres de fer ?
Chez moi. Quand je construisais ma maison. Et puis je sentais que je n’avais plus le physique. Lamé ti népli éna sa kor la. Et j’ai supervisé le travail. (Rires).

Qu’est-ce qui aurait été différent si vous étiez resté ferrailleur ?
Tou travay sé travay ! C’est un métier épuisant, et comme tout métier, le ferrailleur doit être respecté. Chanter est beaucoup plus facile ; évidemment plus agréable. Je dois reconnaître que financièrement, la chanson m’a rapporté plus. Certes, je ne suis pas salarié. Mo péna bonis, local, sick. Mais la chance que nous avons eue, c’est que le public a aimé. Il a payé pour venir aux concerts. Il a acheté les CD. Donc, c’est grâce au public en quelque sorte.

Vous avez cinq enfants. neuf petits-enfants. Vos petits-enfants, ils écoutent Désiré François ? Ils écoutent Cassiya ?
Le petit dernier aura bientôt deux ans. Il vit en Angleterre et on m’envoie ses vidéos où il regarde mes scènes. Je suis choqué. On dirait qu’il est sur scène avec moi. Les enfants de ma fille aînée, c’est la même chose. Il y a toujours une ravanne qui traîne chez eux. Ils en jouent.

Vous savez ce qu’écoutent les ados et jeunes adultes ces jours-ci ? Les nouvelles musiques à la mode, genre 666 Armada ?
66 quoi ?

666 Armada. «Polico crapo», par exemple, vous avez entendu ?
Ah. J’ai entendu d’une oreille. C’est ce qu’écoutent les jeunes ? Puisque vous me le dites, je vais essayer d’écouter et vous donner mon avis.

Vous ne savez pas ce qu’il y a sur la playlist d’un ado ? Vous êtes à ce point recroquevillé ?
Non. Si je suis quelque part et qu’un son passe, j’écoute, et c’est tout. Disons que je ne vais pas chercher à écouter quelque chose. C’est un défaut professionnel. Il faut que je sois dans ma bulle pour travailler. Et je n’écoute pas forcément. Vous savez chez moi il n’y a que mon épouse et moi. Là en ce moment, il y a mon enfant de sept ans. Lui c’est Michael Jackson. Je suppose que c’est l’influence des parents. Dans notre groupe actuellement, il y a Anne-Sophie (NdlR : Anne-Sophie Paul qui a cartonné avec Anita My Love) qui est choriste. Elle avait deux ou trois ans quand ses parents l’ont emmenée à un concert de Cassiya. Aujourd’hui, elle est choriste avec nous. Ce sont donc ses parents qui ont déterminé ses goûts musicaux. C’est une responsabilité que les parents doivent toujours assumer.

Lanatir inn komans vir ledo ar let imin

Je ne sais pas pourquoi vous avez voulu me parler de ce nouveau groupe. Je ne sais pas si c’est bien ou pas. Mais peu importe. Les parents doivent transmettre leurs goûts musicaux à leurs enfants. Ça fait partie de l’éducation. Un parent apprend à son enfant à dire bonjour, merci, s’il vous plaît. La musique, c’est aussi une responsabilité parentale. C’est un premier tri. Partant du principe qu’un parent donnera toujours le meilleur à son enfant, ce ne sera que du bonus pour celui-ci. L’enfant développera par la suite ses propres goûts, mais l’influence parentale va laisser quoi qu’il arrive, de bonnes traces.

Ça vaut toujours le coup d’offrir un instrument de musique à son enfant ? 
Ça ne fait aucun doute. L’enfant n’aura peut-être pas la chance de vivre de la musique comme moi. Enfin, sait-on jamais, après tout. Si on ne lui en donne pas l’opportunité, on ne saura jamais.

La société ces jours-ci est si occupée à tout rentabiliser. Que diriez-vous aux parents qui pensent que l’enfant aura plus de chances s’il est strictement académique ?
C’est une erreur. L’éducation est importante. Moi je n’en ai pas eu droit, faute de moyens. Un djembé, une guitare, un piano ne remplace pas les études académiques. Les deux sont complémentaires. Mais ces instruments peuvent remplacer un peu le temps que l’ado passe devant les écrans, non ? Il y a certainement du bon sur l’internet. C’est l’évolution. On vit avec. Mais les enfants aujourd’hui, si vous leur donnez un portable, ils peuvent y passer toute la journée. Déjà que physiquement, je suppose que ce n’est pas bien. Aster si so latet zis dan sa masinn-la, li vinn koumadir enn légim dan lakaz. Un instrument de musique trouverait facilement une place entre le portable et l’école.

Durant ces 30 ans vous avez chanté votre vécu, mais vous avez également jeté des regards critiques sur la société. Vous observez toujours ce qui se passe dans le pays ?
Oui, mo ankor pé dir mem. Mais là, je dois bien choisir mes mots. Pa kapav dir brit sa. Appelons ça la mentalité des gens. Le manque de respect. Surtout de la part de ceux qui possèdent beaucoup. Je ne dis pas «tous». Mais certains ki ena boukou boukou kas, qui ne respectent pas ceux en bas de l’échelle. Ils écrasent constamment ces gens-là. Ceux d’en bas sont essorés (il mime le geste avec ses mains) pour qu’ils arrivent encore plus haut.

Zot inn anserklé ar lavi matériél (…) tou séki zot posédé zamé zot trouv asé… (NdlR : extrait de «isi kot nou ete»)
Exact. Et on dirait que ça s’empire. Ça veut dire quoi aujourd’hui, réussir sa vie ? Avoir beaucoup d’argent en banque, une immense maison, gro gro loto divan laport ? Ce n’est pas ma définition de la réussite. Pour moi, la réussite, c’est d’avoir aidé quelqu’un à se relever. Sa boug la péna enn bousé manzé, mo donn li. To pé roulé, enn dimounn pé rod enn lift, to ramas li.

Prendre quelqu’un en stop, c’est dangereux aujourd’hui ça…
Oui, on ne peut plus faire ça. La société est devenue violente. Pourquoi ? (Il nous regarde avec de grands yeux comme s’il s’attend à ce qu’on lui réponde). Posez-vous la question Monsieur ! Pourquoi la société est-elle si violente aujourd’hui ? C’est l’injustice qui nourrit la violence. Il y a trop d’inégalités. Ceux qui sont riches, sont trop riches ; sa ki mizer, tro mizer. Ajoutez-y la drogue à présent. Je viens de voir un vieux reportage sur la drogue à Maurice. J’en déduis que les humains entre eux ont créé des gouffres. Ena tro bel dekalaz ant imin. Je ne suis pas en train de dire que ceux qui sont riches doivent tout donner aux pauvres. Ce n'est pas ce que je dis. Mais on peut avoir un juste milieu. Il y a un mot que j’ai en tête. Je suis en train de réfléchir si je vous le dis ou pas. Je dois faire très attention à ce que je dis (il cache son embarras derrière un éclat de rire). Appelons ça «les dirigeants». Ce sont les dirigeants qui ne sont pas en train d’assumer leur responsabilité envers les pauvres.

Désiré, attendez. On vous connaît très prudent dans vos propos. On sait tous qu’il ne faut jamais, dans une interview, entraîner Désiré François sur des sujets polémiques. Ne lui demandez jamais de commenter la gouvernance du pays. Qu’est-ce qui vous prend aujourd’hui ?
(Il fait de grands gestes de la main). Bé li la ! Li la ! Li pé dévlopé li pé vinn kumsa. Je ne suis pas contre tel ou tel ministre, ou tel ou tel parti politique. Je n’ai aucune couleur. Je suis de toutes les couleurs. Je porte les couleurs qui me plaisent, orange, bleu, peu importe.

(On l’interrompt). Les couleurs n’appartiennent pas aux partis politiques après tout.
Voilà, exactement. Je respecte les politiciens. Leur travail n’est pas évident. Mais pour citer à nouveau le reportage sur Maurice, que j’ai vu récemment, ça me fait honte. On comprend dans cette vidéo que ceux qui marchent avec les partis au pouvoir bénéficient au détriment des autres. Ceux qui sont connus pour être des partisans d’un parti qui perd les élections, eux, zot dan bézé. Ce n’est pas normal.

En 30 ans, on a reculé ?
Il y a eu beaucoup de développements à une vitesse incroyable. Nou éna boukou fasilité zordi. Mais la mentalité ne change pas. Une fois, j’étais à une station de métro en France, et j’ai dit un gros mot. Pas un énorme juron, mais un mot typiquement mauricien pas très poli. Et là, quelqu’un m’interpelle. Je voyais à son apparence que c’était un musulman. Il me dit, «wé ! Morisien ! kontan mo tann sa kozé-là ! lontan pa tann sa langaz-la !»  Et on était tous les deux mutuellement heureux de se croiser. Pourquoi ? Parce qu’on est Mauriciens.

Si je vais chanter sur une estrade politique, ce n’est pas pour appeler au vote de ce parti. C’est une occasion de faire passer le message «isi kot nou été».

Or, ici, au lieu de mettre le «Mauricien» à l’avant, on est en train de mettre la religion avant tout. Lot-la indou, lot-la katolik, lot-la mizilman. Hé! Stop! On est mauriciens avant tout. Oui la religion est importante. On respecte toutes les religions. Je respecte la tienne, et je sais que tu respectes la mienne. Parce qu’après tout, toutes les prières disent la même chose. Toutes ! Elles exhortent toutes au respect de son prochain, au partage, etc. Vivre à Maurice dans un pays pluriel et multiculturel fait du bien. Il y a beaucoup de religions. Beaucoup de prières. Mais c’est absurde que certains utilisent ces prières pour diviser alors qu’à la base, on est Mauriciens. Vous comprenez ?

Vous étiez en studio, et vous ne le savez sans doute pas. Il y a quelques heures, ceux qui refusent de décliner une appartenance ethnique pour se porter candidat aux élections…
(Il nous interrompt). Bé inn ler pou aret dir sa !

Bé zot fek perdi zot case lakour !
(Il rit à gorge déployée comme pour se moquer du ridicule). Get sa interview la kot inn arivé ! Nou inn ariv enn lot dimansion-la. Vous savez j’aime dire les choses avec prudence. Il faut savoir dire. Je vous demanderai donc de bien faire attention à la retranscription.

Vous avez ma parole.
Mo pa kont personn mwa in. Si demain Misié Ramgoolam me dit de venir chanter sur une de ses estrades, moi j’y vais hein. Il vient de me le demander. J’avais dit non, puis j’ai dit oui. Non ce n’était pas Ramgoolam. (Il cherche dans sa tête). MSM ! Voilà, MSM. Ils avaient un congrès et m’avaient demandé de chanter. Je leur avais dit non en expliquant que si montré figir isi la apré lot vini kapav penaliz mwa. Après je me suis dit, mais c’est mon travail non ? Je rappelle le monsieur et je lui dis, «d’accord, je viendrai». Le fait que j’y aille ne fait pas de moi un partisan.

Vous n’êtes pas en train de dire de voter MSM, c’est ça ?
Mo pa pé dir vot MSM la. Mo pé sant «isi kot nou été», «rev nou zanset».

«Ou touy mwa la. Ou pran zot kas, ou al kot zot, ou maltret zot ar ou bann santé !»
(Fou-rire et il doit s’efforcer pour parler). Non. Le but n’est pas de leur faire du mal ou de les offenser. Peut-être juste leur faire prendre conscience.

Vous croyez toujours dans un lendemain meilleur ?
(Nonchalant). Oui. Certainement. On ne l’entrevoit peut-être pas. Mais ça viendra. (Il prend subitement un air grave et pointe son index vers le haut). Attention, il y a un «si» ! Si lanatir pa vir ledo ar nou. Parski lanatir inn koumans vir ledo ar let imin. Voyez les maladies. Voyez ce qu’on mange. Bann manzé ki pé forsé. Voyez les catastrophes. Voyez la montée des eaux. Si lanatir pa vir lédo ar nou, nou éna enn sans. Or, qu’est-ce que l’être humain est en train de faire ? Désarbrer et bétonner. À l’époque, on a été prévenu de ce qui se passe aujourd’hui.  Ek tou finn arivé parey. Aujourd’hui les études, recherches et reportages disent tous les jours que dans x nombres d’années, si on continue, il va se passer telle chose. L’être humain, l’être le plus intelligent, est en train de se comporter comme s’il n’avait aucune intelligence. Il sait que s’il continue, ça va mal se terminer, et il persiste à continuer. Sommes-nous vraiment intelligents ? (Rires).

Et le temps presse. Ça fait déjà un an depuis que Lin est mort…                                                
(Il nous interrompt). Lin savait qu’il allait mourir. Il voulait chanter avec moi, il l’a fait. C’est une belle leçon de persévérance de quelqu’un dont le pronostic vital était engagé. Moi je ne savais même pas qu’il était malade.

L’histoire retiendra que c’est avec vous qu’il enregistre son ultime chanson qui sortira finalement à titre posthume. C’est une chanson revendicatrice. C’est un fardeau qu’il vous laisse ?
Oui. Il me fait porter ce fardeau. On aurait même pu dire, qu’il m’a bien eu avant de partir. (Rires).

«Lin inn instal ou avant li alé ?»
Non, plus sérieusement. C’était un privilège pour moi. Je chante cette chanson en public, l’accueil est extraordinaire et les gens adorent.

Le message politique ne vous dérange pas ?
Mais le message est vrai ! Cette chanson reflète tout ce qu’on est en train de dire à l’instant. Ce sont des paroles vraies.

En 2015, quand «dipin griyé» allait être disque de l’année, nous vous avions demandé de nous dire qui était l’étoile montante de la musique mauricienne, vous aviez répondu «The Prophecy». Visiblement, vous n’aviez pas tort.
J’ai rencontré Murvin plusieurs fois. Il y aura bientôt une surprise. Je ne peux pas vous en dire plus. À chaque fois il me dit qu’il veut faire une chanson avec moi. La dernière fois qu’on s’est vu, il m’a dit, qu’il va chanter un séga. Je lui réponds «bé éna li dan twa sa». 

Nous ne pouvions pas revenir sur 30 ans sans parler d’Evelyne, votre épouse, votre manager. Que représente-t-elle dans ces 30 ans ?
Vous savez, des années après la cassure de Cassiya, j’étais tombé dans un trou noir. J’étais à zéro ! Zéro ! Rien ! Zéro sou ! J’avais juste ma guitare.

C’était en quelle année ?
C’était il y a 13 ans. Cela fait 13 ans que nous sommes ensemble. On s’est rencontrés. C’est elle qui m’a remis sur pied.

17 ans après les débuts de Cassiya, vous étiez tombé si bas ?
Je chantais. Je faisais des disques. Mais je ne progressais pas. Je ne possédais pas une maison. Je chantais et je vivais presqu’au jour le jour. Chanter me nourrissait juste. Et quand on s’est rencontrés, nous avons fait notre propre production. Elle m’a apporté la structure qui me manquait. J’ai commencé à avoir de réels projets, avec des stratégies.

Après le groupe de 1993, Evelyne, c’était votre deuxième chance ?
Oh que oui. J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. Je vous ai parlé des hommes qui ont fait Cassiya de 1993 et du privilège que j’ai eu de les avoir pour ce cheminement. Kapav finn ena bann ti bizbiz, mais ça, il y en a toujours dans la musique. C’est ce qui permet aux uns et aux autres de commencer et de réussir une carrière en solo. Et puis certains disent aussi n’importe quoi sur nous. Bé sa nou pa kas latet ar sa. J’ai vu un projet qui s’appelle Cassiya Roots, je crois ; et je suis à l’aise avec ça. On a tous le droit de faire ce qu’on veut. Moi je suis juste parti avec ma voix et le nom Cassiya. Tout ce qui s’est passé, c’était pour mon bien. C’est une expérience de la vie qui m’a été donnée, tant avec Cassiya qu’avec Evelyne. Si aujourd’hui je suis devant vous, au studio de Richard Hein, je dois cela à toutes les expériences de ma vie.

Cassiya sans les musiciens d’origine, comment faites-vous pour garder la couleur et les sonorités ?
Il y a des musiciens qui étaient là il y a 20 ans comme Kersley et Christian. Pelé a fait 17 ans. Et puis il y a «Kong» et Rico. Nous étions amis tout le temps. Ils étaient dans le groupe Zen 7. Avec Cassiya à l’époque, c’était les deux groupes qui cartonnaient. Et c’étaient des amis. Asizé bwar manzé ansam. Donc nous étions tout le temps en train d’avoir des frottements. La couleur ne sera jamais la même qu’à l’époque. Mais ils sont de la même mouvance que les premiers musiciens de Cassiya, vous voyez ? Et puis il y a de jeunes musiciens que je salue. Grâce à eux, grâce à leur talent et leur effet, Cassiya continue. Il suffirait d’un rien pour que Cassiya cesse. Vous auriez eu Désiré François en solo. Les autres en solo. Mais heureusement que ces jeunes-là continuent de faire vivre cet héritage. Merci et bravo aux musiciens. 

Un mauvais moment de ces 30 ans que vous auriez souhaité oublier ?
Je suis passé par beaucoup de choses. Je ne vois pas quelque chose de mauvais. Il y en a sans doute eu. Mais ces mauvais moments m’ont forgé et m’ont aidé. Il ne faut rien oublier. Tout m’a été utile.

Le meilleur moment de votre carrière ?
Il y en a eu beaucoup.

Un seul.
Mon audition à la MBC pour Star Show. C’était la première fois que je tenais une guitare électrique. Alan Marimootoo me la donne et me demande m’accompagner moi-même à la guitare. Je chante «Séparation» devant eux, et le jury m’arrête à mi-chemin de la chanson et me demande de partir. J’ai un choc. Je crois que c’est fini et que je suis à la porte. Mon ami Georges Oxide était avec moi. Nou short kaki, nou savat 2 pat dan nou lipié. Je ne comprenais pas. Parce que quand je chantais je ressentais que j’étais en train de donner la performance de ma vie. J’avais les yeux fermés et il se passait un truc. Je sentais l’univers qui s’ouvrait à moi. Je ne me souviens plus qui était membre du jury. Ils m’arrêtent au beau milieu de ça. Je me suis dit que c’était fini. Cette grande émotion que j’ai ressentie en chantant n’était qu’une illusion. Je me suis dit que j’ai été nul. Parce que comprenez, je ne suis rien là moi. Comprendre que le jury était tellement satisfait au point de m’arrêter était inimaginable pour moi. C’est un scénario auquel vous ne pensez même pas. Dans les couloirs, les musiciens m’ont couru après et m’ont dit «Hé François, to mem fini sorti prémié la !» Je leur ai dit de cesser leur plaisanterie, j’ai ri et je suis parti avec mon ami Georges. La suite de l’histoire, on la connaît.

30 ans après, un grand concert pour célébrer tout cela. L’express vous offre une pub gratuite.
Ah oui, il faut que les gens viennent. On prépare quelque chose de spécial. Il y aura une surprise. Mais nous chanterons les chansons que le public aime. Sans public, je ne suis rien. Si à 59 ans je suis toujours là, c’est grâce au public.

«Lané prosenn ou gayn ou molton ?»
Mwa mo dir lané prosenn mo vinn enn anplwayé direk gouvernma. (
Fou rire).

La retraite ?
Non je n’y pense pas. Je suppose qu’elle viendra comme ma carrière a commencé. Par surprise. (Rires).

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