Consommation: retour à «létan margoz»

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Nos grand-mères nous le racontaient. Certains de nos parents s’en rappellent et d’autres ne pensaient pas devoir la revivre un jour. Le temps de disette effectue un come-back en force... Lorsque la pandémie s’est apaisée, on a peut-être pu enlever nos masques mais le coût de la vie étouffe de nombreux Mauriciens.

Prisca Louis : Le porte-monnaie lessivé

Le regard fatigué, les épaules recourbées et les pieds dans l’eau froide, Prisca Louis, 29 ans, lave les vêtements de toute sa famille sur les berges d’une rivière à Poudre-d’Or. Tout en essuyant la sueur qui perle sur son front, sous un soleil de plomb, elle confie que tous les jours depuis trois mois, ses voisines et elles doivent faire des kilomètres de leur domicile jusqu’à cette rivière pour faire la lessive ou récolter de l’eau car leurs robinets sont à sec. «Nous n’avons plus d’eau depuis des mois à cause d’un tuyau cassé. Nous avons essayé à de nombreuses reprises d’appeler mais c’est comme si on parlait à un mur.»

Un problème qui s’ajoute à la longue liste de difficultés que peut vivre sa famille. Mère de deux enfants et aux petits soins pour ses parents âgés qui vivent chez elle, Prisca admet que joindre les deux bouts financièrement s’avère un vrai cassetête. Car leur budget d’avant a doublé, voire triplé, en quelques mois. «Mon époux est pêcheur, tous les jours il va en mer pour ramener de quoi nous nourrir et si avant cela suffisait, zordi bisin trasé pour sirviv. Aster kan al sipermarsé bizin pran zis séki vraiman néséser.»

Savon bleu à la main, frottant énegiquement un petit short d’enfant, elle confie qu’assurer que ses enfants aillent à l’école le ventre plein demeure sa priorité. «Nou pe trasé mé li difisil sirtou kan ou ena zanfan. Ou kapav priv ou kantité ou anvi mé pou ou zanfan ou pa kapav fer sa. Nou manz ar li, mé si kontinié, pa koné dimé ki pou arivé.»

Hussein Chummun : Des profits à la noix

On le connaît comme l’homme qui parle 10 langues. Hussein Chummun, marchand de cocos depuis des années près du jardin de Pamplemousses, garde le sourire et la foi mais avoue que la vie ne fait plus autant de cadeaux. Travaillant principalement avec les touristes, ce n’est que récemment qu’il a commencé à revoir des clients mais ce n’est pas facile de susbister par les temps qui courent. «Pa pe fasil pou rémont la pente…»

Père de cinq enfants, Hussein travaille quelquefois sept jours sur sept. Si avant il le faisait pour gagner un peu plus d’argent, dorénavant, ce n’est plus un luxe et il n’a pas le choix. «Komdi sa kozé-la, bizin kontant nou ek bouyon akoz laser inn tro ser.»

Le couple Protaub : Problèmes enracinés

Tous les jours, les Protaub mènent un combat. Armés de leurs bottes, leurs sacs et leurs pioches, mari et femme, planteurs, travaillent presque toute la journée dans leur plantation à Congomah. En 40 ans de vie commune, ils ont tout fait pour élever leurs deux enfants et s’élever dans l’échelle sociale. Cependant, le coût de la vie les éloigne de plus en plus de la retraite rêvée qu’ils espéraient tant. Car, des semences de légumes aux pesticides, tous les prix ont quadruplé en quelques mois.

«Tou kitsoz inn vinn ser. Nepli pé kapav asté pestisid tousala pri inn extra monté», confie Kumar Protaub, 57 ans, le regard dans le vide. Tout en nous montrant les mauvaises herbes qui s’accumulent dans leur plantation, Jayantee Protaub, 56 ans, ajoute que la vie est devenue si chère qu’ils ne peuvent plus embaucher des gens pour les aider au nettoyage. «On nous vole aussi nos légumes. Nous n’avons pas de quoi financer la construction d’une clôture. Kas ki nou gagné li zis pou manzé ek pey faktir aster. Lavi inn vinn bien dir.»

Deepak Caullychurn : Le temps des vaches maigres

Deepak  Caullychurn, éleveur à Pointe-des-Lascars et père de trois enfants, parle, lui, d’une économie de plus en plus désastreuse et une vie difficile. «Mo pe zis sirviv ek sakrifis ena zis tou sakrifis pou fer...» Par exemple, il voulait changer de voiture depuis quelque temps déjà mais ce ne sera pas possible de sitôt. «Mo kwar pou roul dan enn vié loto ziska mor mem la... Nepli kapav fer progré.» Il souligne qu’il avait beaucoup de projets et de rêves comme l’agrandissement de sa maison, mais toutes ses illusions sont tombées à l’eau.

Celui qui élève quelques 21 vaches, des cabris et autres poules, parle de ses profits qui ont chuté. «Sa kantité dépans ki ena ek sa bann zanimo-la enorm…» Une bouteille en plastique pour mettre le lait des vaches était à Rs 4 et coûte désormais Rs 8. Alors que le prix du lait, lui, n’a pas augmenté durant les années, explique Deepak Caullychurn. Un litre de lait est vendu à Rs 75 alors que la plupart des concurrents vendent à Rs 90 et Rs 100. Le temps des vaches maigres semble partir pour durer.

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