Négligences médicales alléguées: des gouttes pour les yeux qui font déborder le vase

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Au lieu de gouttes pour les yeux, une patiente de 65 ans a reçu un médicament destiné à lutter contre le cancer, dans un hôpital public. Si une plainte a conduit au transfert du pharmacien, d’autres cas interpellent. Sont-ils en hausse ? Combien aboutissent à des dédommagements ou sanctions dans le public et dans le privé ?

C’était  la goutte de trop. Ashny Gunputh, 30 ans, qui s’occupe de sa tante de 65 ans, ne pouvait rester les bras croisés après qu’un pharmacy dispenser de l’hôpital de Mahébourg lui a donné un médicament contre le cancer au lieu de ses gouttes pour les yeux. C’était le 18 septembre. «Ma tante a eu un véritable choc. Je suis également chamboulée. C’est une erreur grave qui aurait pu avoir des conséquences terribles», confie la jeune femme. Une plainte et bien des démarches plus tard, le pharmacien a présenté ses excuses avant d’être transféré, après cet incident qualifié «d’inacceptable» par le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, lui-même.

Durant la semaine écoulée, un autre cas de négligence médicale alléguée a été rapporté à la police. Dans sa plainte, une femme enceinte de 26 ans allègue qu’une aiguille est restée plantée dans son bras gauche après une injection à l’hôpital. En septembre encore, une patiente de 40 ans avait fait une déposition pour négligence médicale alléguée après qu’un médecin privé lui a enlevé un swab de l’utérus après des douleurs un an après avoir subi une césarienne à l’hôpital en août 2021. En 2021, d’autres cas ont été répertoriés, dont plusieurs liés à des naissances. Question dès lors: assiste-t-on à une hausse des négligences médicales alléguées ?

Non, estime le Dr Sattianundsingh Deonarain, secrétaire de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA). «Il n’y a pas d’augmentation à mon avis. Et cela ne se passe pas uniquement dans le secteur public mais aussi dans les cliniques privées. Ces cas sont alors rapportés directement au Medical Council.» Que se passet-il alors ? Une enquête préliminaire menée par le Regional Director est initiée pour savoir «kot inn foté». Le rapport est ensuite soumis au Medical Negligence Standing Committee du ministère pour des investigations additionnelles. Les sanctions dépendent des retombées de l’enquête. Elles seront appliquées par les autorités si le cas concerne les centres de santé publics ou par le Medical Council si le cas survient dans une clinique privée.

Combien de cas de négligences médicales alléguées aboutissent à des dédommagements ou des mesures correctives? Difficile à dire, indiquent nos interlocuteurs. Chaque cas a ses spécificités. Évidemment, l’élément de preuve par rapport aux allégations est vital. «Beaucoup de cas sont sujets à des out-of-court settlements, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de jugement si le patient est toujours en vie. Par contre, en cas de mortalités, l’affaire ira au criminel et donc, directement en justice», indique le secrétaire de la GMDOA.

Comment sont traitées ces affaires dans le privé ? D’après le Dr Mike Sooknundun, directeur de la Clinique du Nord, lorsqu’il y a une plainte, le responsable initie une enquête approfondie.«Ceux qui sont impliqués viennent avec leurs explications en écrit, c’est-à-dire le chirurgien, le médecin, le/la gynécologue et/ou les infirmiers(ères), entre autres. Le directeur constitue un comité pour analyser les faits et faire des recommandations à la direction qui décide de la sanction à infliger.» D’ajouter qu’en clinique, «les plaintes enregistrées, dans 98 % des cas, sont souvent banales et pas justifiées. Puisque le malade paie pour les soins, il devient très exigeant. Sa famille a le droit de venir le voir à la clinique à n’importe quelle heure et en grand nombre, sans respecter les horaires. Pour une intervention chirurgicale avant ou après l’anesthésie générale, la norme internationale prévoit un jeûne de six heures. Même une goutte d’eau n’est pas permise avant l’opération. De même après l’intervention, on ne doit rien avaler avant quatre heures jusqu’à ce que le patient retrouve tous ses réflexes. Malheureusement les parents ou les proches du patient portent plainte, avançant que leurs enfants souffrent et qu’on ne leur donne ni à manger, ni à boire», confie-t-il.

Idem pour une intervention chirurgicale sous anesthésie générale qui nécessite d’autres précautions. Ces consignes visant à protéger le patient sont souvent mal perçues et mention est alors faite que la clinique profiterait de la situation pour gonfler la facture. «Mo pa finn al lopital, mo pé payé. Kan mo kontan, mo vinn get mo mama ek seki mo dir dokter la bizin fer.» Ce sont souvent les mots de proches qui pensent que payer la clinique implique qu’on peut tout faire et tout avoir. «Cela ne peut pas être considéré comme une plainte», avance-t-il.

Quelles mesures peuvent être prises face aux négligences médicales ? À la clinique, la direction peut suspendre le médecin ou l’infirmière de ses fonctions dépendant de la gravité de la négligence commise, répond-il. Une suspension de trois ou six mois d’interdiction en salle d’opération ou de pratique en clinique, une indemnisation ou une compensation satisfaisante au malade en accord avec les lois du travail peut être appliquée, souligne-t-il.

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