Arnauld Boulard: «Le cinéma d’animation est un secteur où les gens sont plutôt bien payés»

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Arnauld Boulard, producteur, fondateur de Gao Shan Pictures, société de production et studio d’animation à La Réunion.

Arnauld Boulard, producteur, fondateur de Gao Shan Pictures, société de production et studio d’animation à La Réunion.

Arnauld Boulard a commencé comme head of production pour le film d’animation Moi, moche et méchant (2010). Avant de créer Gao Shan Pictures, société de production et studio d’animation à La Réunion en 2014. D’ici le premier trimestre 2023, il compte ouvrir un studio à Maurice.

Une dizaine d’étudiants en Media Arts au Mahatma Gandhi Institute (MGI) a suivi trois semaines de formation sponsorisée par Gao Shan Pictures. Après trois ans de cours et cette formation, sont-ils prêts pour le marché de l’emploi ? 
L’objectif de cette formation était de les faire monter en compétences, mais aussi de comprendre où ils en sont. Le MGI n’est pas comme une école en France où, au bout de trois ou cinq ans, on sait à quoi s’attendre sur le niveau des étudiants. 

Que montre votre évaluation ? 
Dans le groupe, il y en a deux, trois qui pourraient être employés tout de suite, tout en poursuivant leur formation. C’est ce que l’on fait à La Réunion avec des stagiaires de l’Institut de l’Image de l’Océan Indien (ILOI). La fabrication de long-métrage représente des années de travail. Souvent, les gens font dix ans de série avant. Gao Shan Pictures ne fait quasiment que du long-métrage (NdlR, coproduction de Yakari La grande aventure co-produit (2020), Ma famille afghane de Michaela Pavlatova (2022), Petit vampire de Joann Sfar (2021), J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (2020), entre autres). 

Allez-vous embaucher ces étudiants ? 
J’ai déjà essayé d’embaucher des Mauriciens et des Malgaches à La Réunion, c’est très compliqué. La société Gao Shan Pictures (Mauritius) vient d’être constituée. Nous voulons ouvrir un studio à Maurice et développer une filière, comme on l’a fait à La Réunion. 

Quand ouvre le studio local ? 
C’est l’oeuf et la poule : par où commence-t-on ? La première étape : nous avons investi dans la formation que le MGI a hébergée. Les deux formateurs, leurs billets d’avion, leurs logements étaient à notre charge. 

Ce projet, on en parle depuis un moment. Le Covid- 19 a tout freiné. Quand un projet de colorisation est rentré, j’aurais pu le faire à Maurice, sauf qu’il n’y a pas d’équipe formée ici. Je l’ai fait à La Réunion, mais ce n’est pas ce que l’on fait de mieux. C’est là qu’on s’est dit : allez, on y va. Peut-être qu’on commencera plus avec de la 2D. Dès qu’on trouve un projet qui conviendra à Maurice, on pourra accélérer. 

Où comptez-vous installer ce studio d’animation ? 
Nous n’avons pas encore de lieu. 

Sera-t-il virtuel ? 
Non, mais on sait qu’on ne veut pas d’un plateau dans une tour à Ébène. Nous avons envie d’un environnement créatif. Un endroit avec des arbres, où l’on peut aller chercher un roti à côté. À La Réunion, nous sommes à Saint-Gilles avec vue sur la mer, ça coûte cher. 

C’est un secteur extrêmement concurrentiel : parfois, on se bat avec un studio de Montréal ou de Sydney pour embaucher la même personne. Quand ces gens ont travaillé sur des minions pendant cinq ans, ils sont contents de faire un film indépendant, plus edgy. Mais comme nous n’avons pas les mêmes moyens (NdlR, que les grands studios), il faut offrir une ambiance de travail, de la bienveillance. Mais aussi des films de qualité, qui ont du sens, qui portent des valeurs, pas juste de l’entertainment. Attention, ils ne vont pas venir pour être à la plage, parce qu’on bosse beaucoup. 

A Maurice, c’est le Film Rebate Scheme qui vous attire ? 
Un producteur cherche deux choses : des talents et de l’argent. Un producteur français qui vient nous voir veut savoir combien Région Réunion pourra lui donner. S’il n’y a pas, disons, 300 000 euros (NdlR, autour de Rs 13 millions) par film à condition de dépenser entre 800 000 à un million d’euros (NdlR, autour de Rs 34,8 millions à Rs 43,5 millions), ils iront peut-être dans les Hauts de France, bosser à Lille. Ou dans un autre pays. 

Maurice a un coût du travail moins cher qu’en Europe. Ce n’est pas négligeable. Attention, nous ne venons pas optimiser à tout prix. Nous faisons des longs métrages hauts de gamme, arty. Parfois, pour des films où Gao Shan Pictures intervient, les producteurs envoient la colorisation aux Philippines ou en Malaisie, où ça coûte moins cher. Le but n’est pas d’être au même prix que la Malaisie ou des Philippines, mais si on peut proposer un coût raisonnable avec le Film Rebate Scheme, les clients sont contents si Gao Shan Pictures gère l’ensemble entre La Réunion et Maurice. 

Actuellement, nous sommes à La Réunion. Il y a un an et demi, j’ai ouvert un studio à Angoulême (NdlR, qui s’appelle Shan Too) pour faire Le Petit Nicolas - Qu’estce qu’on attend pour être heureux ? (NdlR, il a récemment obtenu le Cristal du long métrage au Festival du film d’animation d’Annecy et sort en France le 12 octobre). Travailler avec deux studios sous une même supervision, c’est hyper efficace. 

Quand comptezvous ouvrir le studio à Maurice ? 
Nous allons continuer à former des gens. L’objectif c’est que dans six mois, il y ait une première petite équipe. Le studio sera monté en collaboration avec Alternet Research & Consulting, notre relais local. 

Vous employez déjà 120 personnes. 
À La Réunion, nous avons déjà été jusqu’à 70 personnes en simultané. Il y a des intermittents, certains bossent trois semaines parce qu’ils ont un métier spécifique, d’autres six ou neuf mois. Nous faisons travailler plus de 120 personnes entre La Réunion et Angoulême. 

Qu’est-ce qui manque pour faire décoller ce secteur à Maurice ? 
Des talents expérimentés : artistes et techniciens. Les écoles d’animation c’est trois à cinq ans d’études spécialisées. Rubika (NdlR, école de Montréal) s’implante à Maurice. Il y a des formations à l’université de Maurice, mais c’est balbutiant. C’est un écosystème qu’il faut mettre en place : l’éducation, le business, le cadre légal, les aides financières. Des conversations ont été initiées. 

Par contre, si à Maurice c’est neuf mois de galère pour obtenir le Film Rebate Scheme, là c’est non. Il faut que les politiques comprennent que ce sont des emplois à forte valeur ajoutée. Des emplois plutôt bien payés. 

Qu’est-ce que vous appelez bien payé ? 
À La Réunion, quelqu’un qui sort de l’école d’animation sera à environ 2 500 euros brut (NdlR, environ Rs 108 000). Les artistes bien cotés que Netflix vient nous piquer sont entre 300 euros, 400 euros par jour (NdlR, environ Rs 13 000 à Rs 17 000), en salaire, pas en facturation. À Maurice, on va se positionner d’après le marché local. C’est un secteur où il y a du travail et où les gens sont correctement rémunérés.
 


Parcours: des «Minions» au cinéma d’animation «Arty»

Arnauld Boulard a été head of production pour le film d’animation Moi, moche et méchant. «J’ai beaucoup fait le lien entre Los Angeles et Paris, pour que cette production vienne en France. Je me suis occupé de mettre de l’huile un peu partout, faire les premières embauches, les premiers budgets, les premiers plannings.» 

Mais après Moi, moche et méchant, «je n’ai plus eu envie de travailler sur les productions françaises», explique Arnauld Boulard. «On met deux à trois ans rien que pour les financer. C’est très laborieux.» S’il est vrai que «cela permet à des films sublimes d’exister, on sait que ça rame derrière», souligne-t-il. L’idéal du producteur, c’est «qu’on me dise tu as 20 millions pour faire un film». C’est par Alain Séraphine, producteur et artiste, qu’il découvre La Réunion. D’abord pour un an. Avant d’y développer Gao Shan Pictures.

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