Taux directeur : hausse de 1,15 % pour juguler l’inflation galopante

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(De g. à dr.) Mardayah Kona Yerukunondu, Harvesh Seegolam et Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal.

(De g. à dr.) Mardayah Kona Yerukunondu, Harvesh Seegolam et Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal.

La BoM joue à fond la carte monétaire pour stopper, voire réduire, les poussées inflationnistes. Hier, le «Monetary Policy Committee» a décidé à l’unanimité d’augmenter le taux repo de 75 points de base. Un quantum jugé conséquent par les spécialistes – car il faut remonter au 30 juin 2007 pour retrouver une telle hausse – mais nécessaire dans la conjoncture économique. Après trois réunions, cela fait des hausses combinées de 115 points de base (1,15 %) du taux repo, qui s’affiche aujourd’hui à 3 %.

Il fallait s’y attendre. Après les interventions de grandes banques centrales allant de la Fed américaine à la Banque centrale européenne, en passant par la Banque d’Angleterre et la Reserve Bank of India pour réviser à la hausse leur taux d’intérêt pour combattre le spectre inflationniste, la Banque de Maurice (BoM) ne pouvait prendre une position contraire. D’autant plus que les deux dernières augmentations totalisant 40 % du taux repo étaient relativement timides et insuffisantes face à l’ampleur de la crise inflationniste et de ses effets économiques et sociaux. D’où cette hausse conséquente de 75 points de base, positivement accueillie par l’ensemble par les observateurs économiques.

À l’instar de l’économiste Eric Ng, qui pense que cette décision était «long overdue». «Elle est un petit pas dans la bonne direction car elle rétablit quelque peu la crédibilité de la BoM pour convaincre la population de sa volonté réelle à combattre l’inflation.» Tout en maintenant qu’une hausse de 75 points de base du taux d’intérêt ne fera pas baisser l’inflation tout de suite, mais ses effets seront ressentis dans le temps, à mesure que les banques resserrent leurs conditions de crédit. Cela aidera à atténuer la demande et, par conséquent, les pressions inflationnistes. Il ajoute que «le resserrement monétaire ne va pas pénaliser indûment la croissance économique, car le taux d’intérêt à l’emprunt est encore relativement bas et le taux réel reste négatif».

Une analyse que partage un autre économiste du privé, qui qualifie la démarche de la BoM de «salutaire». Il rappelle toutefois que si on a recours au levier monétaire pour combattre l’inflation, cette hausse du taux repo aura d’autres effets économiques, soit augmenter le niveau d’épargne qui est dramatiquement bas, apprécier la valeur de la roupie, ce qui peut entraîner une hausse des intérêts des emprunts de l’État mais aussi des individus ayant des prêts-logements et, ainsi, faire baisser la consommation, ce qui peut potentiellement impacter négativement sur la croissance.

Ce qui l’amène à souligner que des hausses d’intérêt répétées peuvent être porteuses de signes de récession, d’où la nécessité d’utiliser cet outil monétaire avec la plus grande prudence, comme le gouverneur, Harvesh Seegolam, l’a souligné dans son intervention, dit-il. De son côté, Rajeev Hasnah, économique, situe cette décision du MPC dans la volonté de la BoM de protéger la roupie et, par ricochet, contrôler les effets inflationnistes. «La grande question est qu’en protégeant la valeur de la roupie et en entraînant mécaniquement son appréciation par rapport aux autres devises, il faudra voir l’impact sur le bilan de la BoM.»

Pour autant, le gouverneur Harvesh Seegolam souhaite poursuivre sa politique de normalisation monétaire, en soulignant que sur le front de l’économie domestique, la reprise est déjà enclenchée, dopée par un dynamisme enregistré au niveau des principaux secteurs économiques. Notamment le tourisme et ses effets d’entraînement sur d’autres industries. Il rappelle que les arrivées touristiques se sont élevées pour les huit premiers mois à 557 245 et qu’à ce rythme, il croit, comme les stakeholders, que la barre du million de touristes sera franchie en 2022. Il note ainsi que les revenus engrangés par ce secteur depuis le début de l’année se montent à ce jour à Rs 34,5 milliards. Idem pour d’autres secteurs, avec une performance soutenue pour le dernier trimestre de l’année. C’est le cas, selon lui, de la manufacture, des services financiers, de la construction et de la grande distribution, qui offrent de bonnes perspectives de reprise.

Quid de ses prévisions économiques ? Sur la base des analyses des experts de la banque, l’économie croîtra de 7,4 % cette année, soit dans la même fourchette de ses précédentes estimations de 7 à 8 %. Quant à l’inflation, elle empruntera une tendance haussière pour passer à 10,6 %, causée principalement par les tensions géopolitiques.

Rs 20 000 en plus d’intérêts sur un prêt logement de Rs 2 M

Une augmentation du taux directeur de 1,15 % depuis le début de l’année entraînera nécessairement une augmentation des intérêts sur les prêts. C’est le cas des prêts-logement. Ainsi, sur de Rs 2 M, il faudra compter des intérêts additionnels de plus Rs 20 000 par an, soit un peu plus de Rs 1 600 par mois. Ce qui fait dire à un banquier qu’avec un tel quantum d’augmentation, l’endettement des ménages va prendre un sérieux coup. Toutefois, comme souligne une économiste, le choix revient à l’individu de s’endetter ou pas sur la base du loyer de l’argent aujourd’hui.

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