Stylisme: Mario Guillot déballe les Archives de IV Play

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Mario Guillot, le styliste qui a lancé la marque, retrouve avec bonheur des vêtements qui étaient entreposés pendant des années.

Mario Guillot, le styliste qui a lancé la marque, retrouve avec bonheur des vêtements qui étaient entreposés pendant des années.

C’est dans une galerie d’art contemporain, chez Imaaya à Phoenix, que le styliste a choisi de montrer «tout l’art qu’il y a derrière» ces vêtements créés entre 1994 et 2015. Pour une dizaine de jours encore, Imaaya accueille «Unboxing 25 years of IV Play Archives».

L’expo n’ouvre qu’à 17 heures. Mais avant-hier, jeudi 12 mai, Cédric Edouard est devant la galerie Imaaya à Phoenix depuis 15 heures. Ce peintre en carrosserie de 36 ans, habitant Pailles, a fini sa journée de travail de bonne heure. Il est le premier visiteur à passer la porte de l’expo-vente IV Play. Pendant les 10 prochains jours, la galerie d’art contemporain située dans l’immeuble The Cubicle, à la route royale de Phoenix, est transformée en magasin vintage. Elle accueille l’expo-vente Unboxing 25 years of IV Play Archives. 

Mario Guillot, le styliste qui a lancé la marque, a d’ailleurs prévenu la galeriste, Charlie d’Hotman de l’arrivée d’un «ami qui sera là à 17 heures pile». Le styliste raconte : «dans ses stories sur Facebook, Cédric porte toujours du IV Play. Il laisse souvent des commentaires. Un jour j’ai pris contact avec lui». Du friend virtuel, au visage ami dans la vraie vie, il a découvert un «die hard» de IV Play. Qu’il a invité à l’expo-vente. 

Cette marque, Cédric Edouard la porte depuis 2008. «C’est incroyable à quel point ces produits sont durables. Cela fait 15 ans que j’ai une ceinture IV Play. So matyer enn lot». Est-ce qu’il trouve ces produits chers ? «A l’époque oui. Me si ou kontan enn mark, ou pa pou gete sipa li ser». Pour se payer ces vêtements, il économisait. Faisant des achats, «kouma enn ti kass permet». 

Cédric Edouard est un mordu de IV Play, appréciant la durabilité des produits de cette marque.

Entre les piles de jeans posées par terre, les vêtements aux cintres et ceux accrochés aux murs, le designer explique : «il va falloir que les gens cherchent.» On n’est pas dans un magasin où les vêtements sont rangés par taille. «Là, il n’y a qu’une pièce parfois deux de chaque modèle, de chaque collection». 

A la belle époque de IV Play, des pièces étaient conçues pour les clients «business», dans le bureau de création de la marque. A chaque nouvelle collection, des pièces de la précédente étaient soigneusement étiquetées, emballées et archivées. 

Pourquoi avoir constitué ces archives de ses idées créatives ? «C’était pour me servir d’inspiration un jour. Je me disais qu’avec le recul, ça me donnerait des idées», affirme Mario Guillot. «A l’époque, je ne pensais pas que IV Play allait s’arrêter un jour». 

Au total, cinq à dix boîtes de vêtements par année de création ont été conservées. Elles n’avaient pas été ouvertes avant l’expo. Leur entreposage, «c’était une facture pour quelque chose qu’on ne voyait jamais», explique le styliste. Jusqu’à ce qu’il se décide – fortement encouragé par la galeriste d’Imaaya, Charlie d’Hotman – à tout déballer. 

C’est fou comme le simple fait d’ouvrir des boîtes en carton peut produire un «effet extraordinaire». Derrière ses lunettes, les yeux de Mario Guillot pétillent. «C’est quand même fou.» Il nous montre des jeans teints avec du jaune, du rouge, imprimés de rayures asymétriques. En riant, il dit : «il faut être as bold and big as Texas pour avoir le courage de faire une chose comme ça et se dire que cela va se vendre. Et ça s’est vendu. On faisait 300 à 400 pièces, à la fin de la saison, il n’en restait plus qu’un ou deux». Le styliste retient surtout que «les gens faisaient confiance à la marque. Je pouvais me permettre d’oser». 

Il se revoit encore dans son «laboratoire», faisant trois essayages d’une pièce, avant d’être satisfait de toutes les finitions. «Sur un échantillon, il pouvait y avoir jusqu’à une trentaine de modifications. Notre succès vient aussi du regard très critique qu’on avait de nous-mêmes». Avant chaque nouvelle collection, Mario Guillot faisait aussi un voyage. Cherchant le déclic, ce truc qu’il lui «démangeait de dessiner». 

Pourquoi exposer – et vendre –ses archives dans une galerie d’art contemporain et pas dans une galerie commerciale ? «La galerie donne de la valeur à l’art qu’il y a derrière ces vêtements. Dans un magasin, les gens cherchent les soldes. Ici, le but c’est de raconter l’histoire de tout ce qui a été créé de 1994 à 2015. Cela montre l’évolution de la mode». 

Après 2015, Mario Guillot est resté le styliste, «mais je ne suis plus hands on, de A à Z dedans. L’équipe gère elle-même la production». Cela ne lui manque pas ? Le ton change. «Si», reconnaît-il. «Si demain je pouvais recommencer, je l’aurais fait. S’il y a un investisseur, I’m all open». Qu’est-ce qui l’en empêche ? «Le monde a changé.» Et Mario Guillot avec. Il a diversifié ses élans créatifs dans le mobilier et l’architecture. «Quand je dessine des maisons, j’oublie complètement que je suis un designer de mode. Quand je fais des meubles, j’oublie complètement que je fais de l’architecture.» 

Dans quelle phase est-il actuellement ? Le bouillonnant Mario Guillot explique : «en ce moment je suis dans l’architecture mais depuis une semaine je suis retourné dans la mode». Il se désole des difficultés qu’ont les marques locales pour exister. «Les prix ont dégringolé.» Alors que partout les prix s’envolent, Mario Guillot, lui, affirme : «pas pour les vêtements». Concrètement, dans l’expovente, les items sont entre Rs 1 500 et Rs 800. «Si aujourd’hui je devais produire un jean, il aurait été dans les Rs 4 000-Rs 5 000.» Y a-t-il une demande, à ce prixlà ? «Peut-être un marché niche.» Avec pour conséquence qu’il n’y aurait pas suffisamment de volume pour alimenter une chaîne de production. «Pour les tissus par exemple, il y a des minimum de mètres qu’on peut commander et faire teindre selon nos spécifications. A l’époque, on contrôlait tout».

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