Jean François Nellan: «Nous sommes contre le gouvernement mauricien et non contre les Mauriciens»

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Jean François Nellan, trésorier de la plateforme Chagossian Voices.

Jean François Nellan, trésorier de la plateforme Chagossian Voices.

Hier, le Nationality and Borders Bill a été présenté en deuxième lecture à la House of Commons. Ce projet de loi, qui cherche à contrôler l’immigration illégale en GrandeBretagne, intéresse particulièrement les Chagossiens, qui réclament le passeport britannique comme leur «droit» et leur «dû», affirme Jean François Nellan.

Chagossian Voices est montée au créneau pour réclamer le passeport britannique pour tous les Chagossiens. Pourquoi une telle demande ?
La plateforme Chagossian Voices représente diverses opinions des Chagossiens. Nous sommes ouverts à tous les groupes communautaires et avons invité de nombreuses personnes d’autres groupes communautaires à venir parler sur notre plateforme. Nous ne sommes pas un groupe rival. Nous essayons d’unir tout le monde. Nous sommes plus forts ensemble.

Les Chagossiens sont nés citoyens britanniques. C’est tout à fait légitime que tous les Chagossiens obtiennent le passeport britannique. Nos familles sont divisées parce que le gouvernement britannique ne l’accorde qu’à quelques-uns d’entre nous. Le passeport britannique pour tous va permettre à nos familles de choisir où vivre ensemble. C’est notre droit et notre dû et non pas une aubaine, comme disent beaucoup.

«Nous avons gagné le droit de visiter nos îles après avoir combattu dans les tribunaux.»

Vous vivez en Angleterre. Est-ce que l’avenir des Chagossiens se trouve davantage en Angleterre plutôt qu’à Maurice ?
L’avenir des Chagossiens dépend de chacun d’eux. La majorité des Chagossiens pense que leur avenir se trouve en Angleterre. D’ailleurs, quand on nous a déportés, nous aurions dû être envoyés dans une autre colonie britannique au lieu d’être abandonnés à Maurice et aux Seychelles. Si cela avait été le cas, la question de la nationalité britannique n’aurait jamais dû se poser. Il ne faut pas oublier les Chagossiens aux Seychelles. Il y a aussi des Chagossiens des Seychelles, qui sont en Angleterre.

Qu’est ce qui manque pour les Chagossiens à Maurice ?
Les Chagossiens ont été négligés et rejetés par le gouvernement mauricien depuis leur arrivée dans les années 1960 et 1970, cela, pour des raisons d’ethnicité. La justice et les droits de l’Homme sont deux choses très importantes que le gouvernement mauricien n’a jamais accordées aux Chagossiens. On n’a jamais été inclus dans quoi que ce soit, ni même dans ce qui concerne les Chagos. Nous n’avons jamais eu les terres qu’on nous avait promises et tous n’ont pas perçu d’indemnisation.

Tout en demandant le passeport britannique, réclamez-vous le droit de retour dans l’archipel des Chagos ?
Bien sûr, c’est notre droit fondamental en tant qu’humains et comme propriétaires des îles de vivre sur notre île natale. C’est non négociable !

Dans l’idéal, est-ce que vous vous voyez refaire votre vie aux Chagos ?
C’est une décision personnelle. Si l’étude de faisabilité, datée de juin 2016, avait été mise en place par le gouvernement britannique, peut-être qu’à l’heure qu’il est, certains Chagossiens seraient en train de vivre et de travailler sur Diego Garcia à la place de travailleurs et entrepreneurs étrangers.  

Quelle est votre position par rapport aux «heritage visits» proposées par les Britanniques? Les Chagossiens doiventils accepter ces voyages tous frais payés d’une semaine à dix jours ?
Nous avons gagné le droit de visiter nos îles après avoir combattu dans les tribunaux. La majorité d’entre nous, surtout les plus jeunes, pensent que c’est une bonne initiative et nous respectons le choix de chaque individu d’accepter ou de refuser ces visites (NdlR : le Groupe réfugiés Chagos a appelé les Chagossiens à ne pas accepter ces visites). Les Chagossiens ont le cœur brisé en revoyant leurs îles ou les îles de leurs aïeux. C’est un cri du cœur et c’est très triste. Et le fait qu’une fois sur place, ils soient surveillés partout où ils vont par des occupants de leurs îles est grotesque.

Quelle est votre position concernant la revendication de souveraineté de Maurice sur les Chagos ?
Nous sommes contre le gouvernement mauricien et non contre les Mauriciens. Nous n’avons pas aimé la façon dont les choses ont été faites à la Cour internationale de justice, surtout le fait que les Chagossiens n’aient jamais été au cœur de n’importe quel débat. Le gouvernement mauricien a fait croire qu’il s’agissait de l’autodétermination des Mauriciens et non de l’autodétermination des Chagossiens. Les questions posées ne faisaient pas référence aux Chagossiens mais aux Mauriciens d’origine chagossienne. Il est incorrect de dire que les Mauriciens devraient retourner aux Chagos et non les Chagossiens. C’est aux Chagossiens de décider de la question, mais les Chagossiens ont été exclus du processus décisionnel.

Nous ne nous considérons pas comme des «Mauriciens d’origine chagossienne». Les Chagossiens ont une culture et un mode de vie distincts, et beaucoup s’identifient étroitement au territoire britannique de l’océan Indien. Nous affirmons le droit des Chagossiens à l’autodétermination en ce qui concerne, à la fois, leur propre vie et leur territoire. Un bon nombre de Chagossiens a peur de dire que ce n’est pas une bonne chose que le gouvernement mauricien obtienne la souveraineté sur les Chagos, surtout ceux qui vivent à Maurice.

Par contre, la majorité des Chagossiens en Angleterre pense que l’on sera mieux loti si les îles restent sous souveraineté britannique. Cela, pour des raisons évidentes comme la méritocratie, un meilleur service de santé, de meilleures opportunités et une meilleure éducation. En 19 ans, certains ont accompli ce qu’ils n’auraient jamais pu accomplir à Maurice. Nous vivons dans des conditions humaines et certains ont même une voiture, alors qu’à Maurice, beaucoup vivaient dans des conditions insalubres et n’auraient jamais eu l’audace, ne serait-ce que, de rêver d’avoir une voiture. Les parents célibataires peuvent avoir une meilleure qualité de vie et peuvent survivre en percevant les allocations de l’État. Mais surtout l’on peut manger à notre faim, ce qui est le droit de chaque être humain !

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