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Livres: Carl de Souza lance un avis de tempêtes intimes

7 mai 2018, 21:30

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Livres: Carl de Souza lance un avis de tempêtes intimes

Carl de Souza fait souffler un cyclone de classe 4 sur toute une famille, les Rozell. Du haut de sa maison de «la propriété» perchée sur une butte à Piton, elle va dégringoler dans les bas-fonds de l’humanité. Et peiner à se relever. C’est le sujet de L’année des cyclones, le nouveau roman de Carl de Souza, paru la semaine dernière, aux Éditions de l’Olivier.

Papa Hans, sa fille Noémie, maman Kathleen. Personne n’échappe aux cyclones. Ceux que fait souffler Carl de Souza sur la famille Rozell. Trois tempêtes intimes se succèdent sans répit dans L’année des cyclones. Le nouveau roman de Carl de Souza est paru le jeudi 3 mai aux Éditions de l’Olivier. L’ouvrage est disponible aux Éditions Le Printemps.

Un «cas désespéré»

C’est sous forme d’un livre par personnages que Carl de Souza nous fait entendre ces trois voix successives. Dans le premier livre, nous suivons Hans Rozell, benjamin d’une famille bourgeoise. Un «cas désespéré», qui apprend le piano, les mathématiques et la broderie rien qu’en écoutant les leçons particulières de sa grande sœur, Lorraine. Un surdoué, Hans ? Pas pour la famille, qui voit en lui un gamin difficile et imprévisible.

Alix et Carol

Le titre fait référence à l’année des cyclones, 1960. Quand Maurice a la visite d’Alix et de Carol. «On leur donne des prénoms de femmes (…) Ce qui donne l’impression que ces tempêtes ne sont pas des phénomènes météorologiques, mais des créatures malfaisantes.»

Premier repère chronologique : la saisissante scène d’ouverture est celle d’une grève des travailleurs d’usine sucrière. Au cœur de l’histoire, une autre force de la Nature. Une femme.

«Face aux hommes en uniforme, une femme. Qui va tomber sous les balles de la police. Laissant son prénom à la postérité, Anjalay.»

Carl de Souza nous fait plonger au cœur des luttes ouvrières qui ont marqué l’histoire de Maurice. La police a été mandée pour mater les «culs-terreux sous leurs haillons». Elle avance, fusil à la main, face aux manifestants armés de pierres et de serpes. Face aux hommes en uniforme, une femme. Qui va tomber sous les balles de la police. Laissant son prénom à la postérité, Anjalay.

Tirs

Coup de feu pour coup de feu. Dans ce duel, un seul homme, Hans Rozell, luttera toute sa vie contre sa culpabilité. Hans Rozell, déjà marqué par l’épisode Anjalay, sera à nouveau mordu par le «serpan kaka difé», le nom que donne la bonne, Filo, à un fusil chargé. Hans Rozell va tirer sur l’homme qui a séduit sa sœur, Lorraine. Elle, qui aime William Wright, et qui est aimée par Guylain.

Préjugés coloniaux

La saga familiale finit mal. Outre la violence des coups de feu, Carl de Souza restitue avec force et précision la touffeur des préjugés coloniaux. Une époque où la bonne dort dans le garage, derrière un rideau déchiré. «L’idée que la bonne méritait mieux comme intimité ne traversait l’esprit de quiconque».

Le dernier mot

Quant à Saraswati la cuisinière, «entrer dans grand-lacase avait été pour elle une expérience traumatisante. Elle rasait les murs et pas un mot ne sortait de sa bouche». L’ironie, c’est qu’elle aura le dernier mot dans cette histoire étalée sur deux générations.

Saraswati est le dernier personnage à quitter la maison, le lieu principal de l’action. Un personnage principal de l’action. Celui qui meurt en dernier, dans une spectaculaire démolition. Un lieu maudit, qui ensorcelle et emprisonne. Un lieu où il faut sauver les apparences. Et dont l’histoire sur tant d’années finira par tenir dans deux malles.

Une histoire que Noémie, la fille de Hans, va dérouler à l’envers. Elle qui n’a vécu que peu de temps à Piton. Revenue y chercher des réponses à l’âge adulte, elle y confrontera ses démons. Dans une bataille perdue.

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