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Bilall Peermamode : marsan lalang

30 septembre 2017, 22:13

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Bilall Peermamode : marsan lalang

Il a la langue bien pendue. En ce vendredi matin, à la section «beef» du marché central à Port-Louis, Bilall Peermamode harangue les clients. Pas en leur montrant la langue non, mais avec ses dents, qu’il dévoile volontiers à travers son sourire franc. Rencontre sans langue de bois entre deux côtes de bœuf et quelques couches de gras.

Le marché grouille de monde. Les marchands de petits paquets (NdlR, de sacs en plastique) crient à tue-tête. Plus loin, les bouchers. Dès l’entrée, on l’aperçoit. Il a la raie sur le côté, les cheveux gominés formant une sorte de languette sur le crâne. Bilall a une bonne bouille. L’homme de 36 ans attire la sympathie, pendant que la chair fraîche séduit quelques mouches, qu’il chasse à grands coups d’éventail manuel.

Ses outils à lui : couperets, fendoirs, attendrisseurs, fusils d’aiguisage, entre autres. Qu’il manie avec dextérité depuis plus de 15 ans. Le billot, il est tombé dessus depuis longtemps, tout comme ses proches avant lui. La boucherie, c’est une affaire de famille.

Le travail démarre à 8 heures, il rentre chez lui à 16 h 30 environ. «Laviann-la mo pran sa labatwar santral. Lalang fek fini la…»

La langue de bœuf, précise-t-il, est un morceau de choix. Qui se vend entre Rs 500 et Rs 1 000 dépendant de la taille. Celui d’un PPS, ça coûte combien ? «Kado sa !» Comment la prépare-t-on ? En rôti ou en curry, de préférence même si la langue s’accommode très bien à toutes les sauces. «Li gagn meme gou ki laviann, plis juteux ek fondan. Si enn zour mo fer ou gout enn roti sa, ou mem ou pou gagn pa krwar…»

Sinon, la langue, les os et autres parties du bœuf permettent-ils au boucher de bien gagner sa vie ? Non, il ne touche pas le quart du salaire d’un PPS, mais il a de quoi survivre. Et aller danser, de temps en temps… «Mo bien kontan al an bwat Grand-Baie tousala. Kot éna dansé mo ladan…»

Ce qu’il cherche, désormais, c’est une cavalière. Et, pour celles que ça pourrait intéresser, sachez que ce cher Bilall aime les femmes «bien en chair», pas trop langue de vipère. Ne vous en faites pas, il promet de ne pas vous envoyer des photos de sa langue en action à travers WhatsApp.

Quand il n’est pas en train de se déhancher ou se décarcasser, Bilall prend le temps de vivre. Des plans pour l’avenir ? Pas vraiment. Puisqu’il n’est pas du genre à mettre la charrue avant les bœufs.