Alain Law Min : «La MCB veut engranger la moitié de ses revenus de l’international d’ici 2020»

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Alain Law Min, Chief Executive Officer de la MCB.

  Alain Law Min, Chief Executive Officer de la MCB.  

Le Chief Executive Officer (CEO) de la Mauritius Commercial Bank (MCB) insiste sur la nécessité de pousser l’institution bancaire vers de nouveaux sommets en privilégiant l’axe régional et la digitalisation des services.

Vous succédez à Antony Withers comme CEO de la MCB. Est-ce le couronnement d’une carrière de 22 ans au sein de la Banque ?

C’est un sentiment personnel qui relève à la fois de la fierté et d’humilité. Fierté d’abord, pour le travail reconnu car j’ai été intimement lié au développement de nouvelles lignes de métier ces 22 dernières années.
Je pense notamment au lancement du crédit-bail (Finlease) et de l’affacturage (MCB Factors). Mais aussi à mon engagement, ces 15 dernières années, dans la modernisation de notre franchise retail banking autour de la marque MCB.
Humilité ensuite pour avoir été choisi par le conseil d’administration pour diriger une équipe d’hommes et de femmes talentueux, qui ont la capacité d’amener la banque vers de nouveaux sommets.

Vous êtes à la tête d’un groupe de 2 500 employés. Quel sera votre style de gestion ?

Ce sera évidemment la continuité. Mais la différence se fera au niveau de l’exécution des opérations. Nous avons déjà fixé les grands objectifs à court, moyen et long termes. Il existe au niveau de nos 2 500 employés une volonté, voire une détermination, à réussir, car ils partagent la même vision et les mêmes valeurs de l’entreprise. Nous travaillerons collectivement et intelligemment afin de concrétiser ces objectifs.

Il faut savoir que la MCB opère comme un groupe financier ayant une présence régionale avec des compétences dans plusieurs domaines, allant du consulting au processing de cartes, en passant par sa filière de Capital Markets. Du coup, nous sommes appelés à travailler ensemble pour répondre aux attentes de notre clientèle.

Aujourd’hui, nous sommes appelés à être à la place de nos clients pour mieux comprendre leurs besoins afin de les servir encore mieux.

À vous entendre, le service-client constitue une exigence-clé de votre stratégie ?

Tout à fait. Notre objectif est d’améliorer constamment l’expérience du client. Il faut comprendre que l’objectif du client n’est pas d’emprunter pour acheter une maison ou une voiture. Son objectif est d’avoir un logement pour lui et sa famille, un véhicule pour faciliter sa vie professionnelle et personnelle. Le prêt n’est qu’un moyen d’atteindre ses objectifs. Du coup, il devient essentiel de mieux comprendre l’univers de besoins du client afin de mieux répondre à ses attentes et l’accompagner dans son cheminement jusqu’à ce qu’il concrétise ses aspirations et ambitions.

Vous avez fait référence à vos objectifs. Quels sont-ils ?

Il y a d’abord la nécessité d’étendre nos frontières en nous appuyant sur notre savoir-faire pour développer de nouveaux produits et services. Il faut savoir comment utiliser nos atouts pour pénétrer de nouveaux marchés en Afrique.

Nous avons défini quatre axes autour de ce savoir-faire qu’on peut développer et étendre vers la région. Il y a en premier lieu l’expertise acquise au niveau du marché des matières premières qu’on peut davantage développer dans la région à travers la Trade Finance. D’ores et déjà, nous le faisons au niveau du secteur pétrolier.

Ensuite, il y a le financement de projets dans des secteurs en pleine croissance en Afrique comme l’hôtellerie, l’agro-industrie et l’immobilier. Enfin, il y a notre initiative Bank of Banks. Nous servons déjà les banques en Afrique dans différents créneaux que nous maîtrisons, comme le consulting et l’externalisation de cartes pour ne citer que ces deux-là. À ce jour, nous desservons 120 clients répartis dans une quarantaine de pays en Afrique.

Enfin, la MCB a l’ambition de muscler ses opérations de Private Banking en Afrique. Nous estimons qu’il y a un marché à conquérir autour de la gestion du patrimoine dans cette partie du monde.

Quid de vos autres ambitions ?

La digitalisation est un secteur clé. Nous voulons bâtir «a digital bank with a human touch». Il est un fait que la MCB a déjà fait du chemin, avec ses différents services, en termes de numérisation. Nous avons fait beaucoup d’efforts pour accompagner nos clients Retail et Corporate, ainsi que les petites et moyennes entreprises, afin qu’ils soient plus aptes à utiliser nos canaux de proximité : guichets automatiques, terminaux de paiement aux points de vente, Internet Banking ou encore Juice, notre application mobile qui a connu une forte croissance et qui compte plus de 110 000 utilisateurs.

Notre objectif est d’amplifier nos services digitaux afin d’être capables de répondre encore plus rapidement aux besoins de nos clients. Nul besoin de souligner que les services à travers le mobile prendront davantage d’importance à l’avenir. Il faut reconnaître qu’aujourd’hui, les services mobiles sont de nature transactionnelle. Demain, ils seront plus étoffés et certainement plus proactifs. Par exemple, un client qui compte acheter une voiture devrait pouvoir se servir de Juice pour comparer les modèles qui répondent à ses besoins, faire une visite virtuelle de showrooms, s’enquérir des facilités de financement, bénéficier d’offres ou faire sa demande pour un crédit-bail via son smartphone.

Quels sont les défis auxquels la MCB est confrontée par rapport à ses ambitions régionales et internationales ?

Face au ralentissement économique dans des pays développés et face à l’impact de la baisse de prix des produits pétroliers et des matières premières en Afrique, qui est déjà confrontée à l’instabilité politique, il y a urgence à être vigilant et à avoir un Business Model plus flexible qui permet de s’adapter à ces différentes situations.

Il faut savoir maîtriser les risques en termes de crédits et d’initiatives en proposant un portefeuille de services largement diversifié pour réduire le niveau de risques tout en répondant aux besoins les plus larges de notre clientèle.

Ainsi, il y a un besoin de connaître les réalités du marché afin d’explorer les opportunités et d’analyser les risques inhérents. Ce que font d’ailleurs nos bureaux de représentation à Johannesburg et à Nairobi. Nos Business Developpers visitent régulièrement des clients en Afrique. Ils ont pour mission de prospecter les marchés et de nous briefer sur les opportunités et les risques potentiels.

Aujourd’hui, la MCB tire près de 40 % de ses revenus de ses opérations internationales. Comptez-vous à terme augmenter ce pourcentage à plus de 50 % vu la saturation du marché bancaire local ?

Engranger 50 % de nos revenus à partir de nos opérations internationales est un objectif réalisable. On peut même faire plus. Ceci dit, la MCB développera parallèlement le marché local même si le potentiel de croissance est beaucoup plus limité que dans la région.

Quel regard portez-vous sur le secteur bancaire ? Ne pensez-vous pas qu’il est surréglementé et que le pays est aujourd’hui surbancarisé ?

Pour avoir une économie solide, il faut forcément un secteur bancaire robuste. La réglementation assure la stabilité du secteur bancaire, d’autant plus que Maurice a une économie ouverte.

Nous avons l’ambition d’être un centre financier international. Ce qui implique une bonne réglementation pour nous assurer que notre juridiction demeure transparente et compétitive. Ce qui va du coup aider le pays à attirer des investisseurs et des capitaux étrangers.

Et quid de la surbancarisation du pays ?

Il suffit de comparer. Maurice a un taux de bancarisation de 83 % contre 90 % en Europe. Nous sommes à 24 agences pour chaque 100 000 personne, contre 38 en France et 40 à Malte. Dans certains segments, nous avons certes un niveau de surbancarisation par rapport aux autres. Mais il ne faut pas généraliser. Il ne faut pas oublier qu’à Maurice, certaines banques opèrent dans des marchés niches comme la gestion de patrimoine et la trésorerie.

À quelques jours de la présentation du Budget 2017-2018, quelles sont vos attentes ?

J’espère d’abord voir le démarrage de gros projets d’infrastructure, si nous voulons nous assurer d’un taux de croissance qui progresse à l’avenir. J’observe également que le pays a un fort taux de liquidités. Du coup, il faut des projets pour pouvoir les éponger. Chaque projet d’infrastructure exécuté entraîne des effets multiplicateurs sur d’autres secteurs comme la construction et le transport, tout en créant des emplois pour certaines catégories de chômeurs.

Autre attente, au niveau de notre positionnement comme centre financier international de renom. J’estime qu’il y a déjà des progrès qui ont été faits mais le défi de demain sera le développement des talents pour travailler dans des créneaux pointus dans le secteur des services financiers, si nous voulons nous positionner comme une juridiction crédible et de renom.

Enfin, je souhaite que le prochain Budget trace les contours pour que Maurice se donne les moyens d’être une île tournée vers la digitalisation. Il y va de l’intérêt de plusieurs secteurs. 

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