L’union des cœurs au-delà du handicap

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Audrey Guérel et Pravesh Panchoo, déficients intellectuels légers et auto-représentants d’Inclusion Mauritius, n’avaient jamais imaginé qu’ils auraient pu un jour conjuguer une vie à deux. La magie de l’amour a opéré. Ils se sont mariés civilement en décembre dernier et religieusement le 5 mai. Récit d’un sentiment solide qui a résisté à ses premiers obstacles.

Pravesh Panchoo, 29 ans, est originaire du Sud. Jusqu’avant son mariage, cet orphelin de mère habitait à Rose-Belle avec son père et son jeune frère. Né avec une déficience intellectuelle légère, Pravesh a fréquenté l’école primaire. Mais il a été incapable de poursuivre ses classes. À 13 ans, il a été admis à l’Association des parents d’enfants inadaptés de l’île Maurice (l’APEIM) et depuis, il n’en est plus reparti. De statut d’élève, il est passé à celui d’employé, soit comme agent d’entretien le matin et réceptionniste l’après-midi. «L’APEIM m’a transformé. Avant, je ne pouvais ni lire, ni suivre un programme. Avec l’association, j’ai pu faire tout cela et bien plus encore, c’est-à-dire travailler en équipe et continuer à me former.»

Audrey Guérel est quant à elle née à Poste-de-Flacq. Elle est l’avant-dernière d’une famille de cinq enfants. Présentant une déficience intellectuelle légère depuis la naissance, elle n’a été scolarisée que trois mois. Ses parents l’ont alors placée au centre Joie de Vivre, qui est dans la localité et qui encadre les personnes ayant une déficience physique et mentale. Là, elle a pu s’ouvrir aux autres et apprendre à faire de l’artisanat. Elle peint sur des bouteilles et réalise des décorations murales, notamment avec des balais de fatak. Depuis quelques années, elle transmet son art aux adhérents de l’école et est rétribuée pour cela. Elle aurait voulu ouvrir sa petite entreprise mais n’en a pas les moyens pour l’instant.

Trianon – où se trouve l’APEIM – n’étant pas très rapproché de Poste-de-Flacq, les probabilités que Pravesh et Audrey se rencontrent étaient infimes. Le hasard y a tout de même mis son grain de sel. Un jour, Pravesh a été désigné par l’APEIM pour suivre le cours d’auto-représentant offert par Inclusion Mauritius. Et c’est sur Audrey que le centre Joie de Vivre a jeté son dévolu pour suivre la même formation. Un auto-représentant est une personne souffrant d’une déficience intellectuelle moins lourde que les autres et qui est formée pour être la porte-parole de ses pairs.

«Nounn truv nou lizour»

Dès que Pravesh pose les yeux sur Audrey, il est conquis. «Ler li dibouté ek li kozé, mo leker komans baté. Monn pansé : “Ah wi, li kapav vinn dan mo lavi.”» De son côté, lorsqu’Audrey voit Pravesh pour la première fois, elle sent «[so] leker bat for». La semaine suivante, Pravesh va se présenter à Audrey. Ils échangent leurs numéros de téléphone et «toulézour, nou frékenté lor téléfonn.» Et le mardi, lorsqu’ils se retrouvent pour les cours à Trianon, les échanges se poursuivent et se font plus affectueux. Si bien qu’il devient un secret de Polichinelle pour la direction de l’APEIM que Pravesh et Audrey sont amoureux.

Ce qu’Audrey apprécie le plus chez Pravesh, c’est la bonté et le respect dont il fait preuve envers tout le monde. De son côté, Pravesh aime surtout la douceur et la gentillesse d’Audrey. Un mardi, le frère d’Audrey vient la récupérer à Trianon et la voit en pleine conversation avec Pravesh qu’il ne connaît pas. Si Audrey lui dit qu’il s’agit d’un ami, Jocelyne Beesoon, assistante directrice et conseillère pédagogique à l’APEIM, prend le parti de dire la vérité. «Linn dir ki Pravesh sé mo pointer», raconte Audrey en riant.

Pravesh file en douce et fait mine d’être très occupé lorsque le frère d’Audrey veut le rencontrer. Ce dernier insiste et Pravesh ne peut reculer. «Il m’a demandé si j’aimais Audrey. J’ai acquiescé mais j’ai mis en avant le fait que nous étions de religion différente. Elle est catholique et moi hindou. Il m’a dit que chez les Guérel, une religion différente n’était pas un obstacle à l’amitié et à l’amour.» Des propos confirmés par Audrey. «Touletan, mo bann frer ek ser inn dir si nou kontan, rélizion pa konté. Sé nou boner ki zot lé truvé.»

Sûrs de leurs sentiments, ils veulent unir leurs destins. Mais le jeune homme craint que sa famille n’approuve pas son choix en raison de la religion d’Audrey. Il est donc le premier surpris, lorsqu’il s’en ouvre aux siens, de les voir tous d’accord. Une réunion de famille est organisée à Poste-de-Flacq. Les proches de Pravesh font le déplacement. Irène Alessandri, la directrice de l’APEIM, et Jocelyne Besson sont aussi conviées. Ce jour-là, tout se déroule à merveille, comme dans un rêve. Il est décidé que le couple va contracter un mariage mixte, soit se marier civilement en décembre, célébrer le mariage religieux catholique en février et le mariage religieux hindou une semaine après. Le couple est sur un petit nuage. Ils décident qu’ils s’installeront à Mare-d’Albert par la suite.

Sauf qu’au fil du temps, la tante de Pravesh change d’avis. Elle ne veut plus du mariage mixte mais seulement d’un mariage selon les rites hindous. Et sans la présence de la famille d’Audrey, encore moins des membres de l’APEIM. Et le fait savoir à la sœur d’Audrey, Marie-Claire Fanchin. «Mo leker inn kasé ler mo ser rakont mwa sa. Pa kapav rezet mo ser ek mo fami koumsa», s’indigne Audrey.

Pravesh fait fi de tout ce que lui disent certains de ses proches et n’écoute que son cœur. Lui et Audrey en discutent et révisent leurs plans. Ils se marient effectivement en décembre et fixent le mariage religieux catholique au 5 mai.

C’est à l’église St-Maurice, à Poste-de-Flacq, que le père Philippe Goupille, qui est aussi le président du Conseil des religions, les a mariés au cours d’une émouvante cérémonie dont il a le secret. Le couple ne pouvant plus vivre à Mare-d’Albert, les frères et sœurs d’Audrey leur offrent deux pièces dans la maison familiale à Poste-de-Flacq. Pravesh y est traité comme un «zanfan lakaz». Il ne reniera pas sa religion pour autant. D’ailleurs, personne chez Audrey ne le lui demande. C’est la direction de l’APEIM qui organisera le mariage religieux hindou.

Pravesh et Audrey sont heureux comme jamais. «Aster nounn vinn madam ek missie pou dé vré», déclare en rougissant légèrement Pravesh. Ce qu’ils souhaitent désormais : avoir un enfant. Ils profitent de ce temps béni à deux avant la reprise du travail qui est prévue demain pour Pravesh et mercredi pour Audrey. «Nou bisin viv uni, viv honet ek resoud nou bann problem par noumem. Zordi nounn truv nou lizour…»

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