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Avinash Meetoo : « Un Mauricien sur six est sur Facebook »
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Ludovic Agathe  |  22/04/2010

Formateur en informatique et blogueur, Avinash Meetoo vient de lancer un blog consacré aux élections du 5 mai prochain. Il s’exprime sur l’usage qui est fait des moyens nouveaux.


Les principaux blocs politiques ont mis l’accent sur une campagne web qui s’annonce féroce. Nouveau site pour l’Alliance de l’avenir, peau neuve pour le site du MMM, sans parler de «Facebook ». Quel sera l’impact de la campagne électronique sur le résultat des élections, selon vous ?

Tenant en compte qu’il y a près de 190 000 profils mauriciens sur Facebook, soit près d’un Mauricien sur six, cela pourrait avoir un effet intéressant. Sans doute pas aussi important qu’à l’étranger, comme aux Etats-Unis, mais intéressant. Il faut savoir qu’il y a deux types de personnes majoritairement sur Facebook : les intellectuels, cadres et universitaires, et les jeunes. Ces derniers seront sans doute moins réceptifs et moins enclins à se déplacer pour aller aux meetings. Ils ont cependant une soif d’interaction. Je note que le Parti travailliste est sur le net depuis un certain temps, à des degrés moindres qu’actuellement. L’impact ne sera sans doute pas significatif, à moins que les jeunes n’utilisent à bon escient les informations qu’ils trouveront sur le net pour prendre une décision. Cependant, actuellement, les partis n’ont pas publié leurs programmes, donc le web pourra être décisif à la dernière minute.

■ Quels sont les principaux outils électroniques qu’utilisent, ou que pourraient utiliser les partis ou candidats pour leur campagne ?

Il y a plusieurs façons. Tout d’abord, le site institutionnel, soit le site officiel du parti. Pourtant, si on regarde les sites des deux principaux blocs, on note qu’ils ne sont pas mis à jour régulièrement. Il n’y a pas de programme électoral pour le MMM et le PTr ne fait que répercuter son programme de 2005. Il est aussi important que les gens sachent que le site existe et quelles informations ils peuvent trouver dessus.

Ensuite, il y a Facebook. Avec 190 000 profils, il y a toute une stratégie à explorer. Sans compter qu’il donne lieu à des interactions. Cela est aussi problématique, parce que cela sous-entend la modération, la présence de quelqu’un en permanence pour répondre au public. La finalité de cette campagne, c’est de convaincre les gens. Cela nécessite un minimum d’engagement.

Il ne faut pas négliger le réseau LinkedIn. C’est un réseau destiné aux professionnels, où on peut avoir accès au CV et parcours professionnel des gens, grâce à un historique plus structuré. On peut ainsi mieux juger de la valeur des candidats. Ces derniers sont malheureusement peu nombreux sur ce réseau. Avec la proximité des élections, il faut craindre que la population ira voter sans avoir suffisamment d’informations sur les candidats.

Ensuite il y a Twitter, considéré comme le service SMS du web. Il permet de suivre en temps réel ce qui se passe sur la scène politique. Obama l’a beaucoup utilisé lors de sa campagne. Il n’avait qu’à mettre sur le site qu’il serait à tel endroit pour que ceux qui le suivent puissent venir. Ils étaient avertis par SMS. Cette fonctionnalité du site n’est pas disponible à Maurice, mais pourrait être très utile dans le cas des réunions nocturnes. Enfin il y a les blogs. Une communauté de blogueurs existe depuis cinq ans environ à Maurice. Ce sont des gens qui s’intéressent beaucoup à la politique. Ils publient leurs pensées sur leur blog et les gens peuvent réagir en laissant des commentaires. Les politiciens n’ont pas encore exploité le potentiel du blog. Il y a pas mal d’opinion leaders qui poussent les gens à réfléchir. C’est une culture à développer. Cependant, leur finalité est de toucher les gens, peu importe la façon. Je trouve exceptionnel qu’un Mauricien sur six soit sur Facebook, mais nous avons toujours du retard par rapport à ce qui se fait ailleurs. L’interaction que permettent ces technologies vient bousculer le modèle de communication politique traditionnel, le broadcasting. Cela pousse les politiciens à accepter que l’autre a autant d’importance que moi.

■ Vous avez lancé vous-même, mardi dernier, votre blog www.elections.mu. Quelle est votre motivation ?

Je vais voter dans deux semaines. Les blogueurs sont souvent des égoïstes qui ont des questions et qui veulent des réponses. J’aurai à faire un choix le 5 mai et j’ai deux semaines pour choisir des candidats. J’ai besoin que des gens m’aident. Je ne peux pas vraiment compter sur Facebook, Twitter ou LinkedIn, la présence des candidats dessus est minime. Je fais un blog politique, avec des collaborateurs pour proposer à des gens de s’engager dans des discussions autour de thèmes précis. Je souhaite surtout rendre certaines choses plus compréhensibles pour mes lecteurs. J’ai l’espoir qu’il leur permettra de parler, de s’interroger, de comprendre avant de prendre leur décision. Je l’ai lancé un peu tard pour ces élections, mais je suis confiant que ce blog deviendra quelque chose d’ici 2015.

■ Comment une campagne électorale passet- elle d’une opposition d’idéologies à une guerre de l’information ?

Je ne parlerai pas de guerre. Je pars du principe que les stratégies politiques sont restreintes à Maurice et que les partis adhèrent plus ou moins à la même idéologie de gauche. Je constate que pendant les débats à la radio, les intervenants se critiquent les uns les autres au lieu de défendre un programme. Ceux-ci seront plus ou moins les mêmes. Sauf peut-être pour les petits partis. Donc, je n’utiliserai pas le terme guerre, qui sous-entend une différence fondamentale des idées. Je dirais plutôt que nous sommes submergés par l’information.

Liens utiles
http://www.elections.mu/
http://www.noulakaz.net/

    
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